Richemont dépasse les attentes : la joaillerie en locomotive, la Chine remonte doucement
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Richemont dépasse les attentes : la joaillerie en locomotive, la Chine remonte doucement

Il y a des publications qui passent comme une ligne de plus sur un calendrier financier, et puis il y a celles qui font lever la tête à tout un secteur. Le point trimestriel de Richemont fait clairement partie de la seconde catégorie. Dans un luxe encore surveillé au millimètre entre hésitations en Chine, effet de change parfois brutal, et clients ultra-premium qui arbitrent davantage le groupe propriétaire de Cartier et Van Cleef & Arpels vient d’envoyer un message simple : la demande est là, et elle résiste mieux qu’on ne le craignait.

Sur le trimestre clos au 31 décembre 2025 (troisième trimestre de son exercice fiscal), Richemont annonce 6,4 milliards d’euros de ventes (6 399 M€ précisément), soit +11% à taux de change constants et +4% à taux de change réels. Ce décalage entre la croissance « réelle » et la croissance constante dit déjà beaucoup de choses : l’activité progresse franchement, mais les devises viennent en rogner la lecture lorsqu’on convertit les ventes en euros.

Et surtout, le chiffre tombe au-dessus des anticipations de marché. D’après Reuters, les analystes tablaient autour de 6,28 milliards d’euros, et la surprise a été bien accueillie, avec un titre en hausse en préouverture.

Un trimestre solide, et un détail qui compte : le change brouille la photo

Richemont dépasse les attentes la joaillerie en locomotive, la Chine remonte doucement

À première vue, le chiffre « +4% » peut sembler modeste. Mais dans le luxe, le diable se cache souvent dans l’unité de mesure. Richemont insiste sur la progression à taux constants (+11%), plus représentative de la dynamique commerciale. Concrètement, cela signifie : « si les monnaies étaient restées stables, nos ventes auraient augmenté de 11% ». Une manière de dire que la croissance est réelle, même si la conversion en euros ne lui rend pas totalement justice.

Cette nuance n’est pas un détail technique réservé aux analystes : elle raconte le contexte actuel des groupes internationaux. Les maisons vendent en dollars, en yens, en yuans, en dirhams… puis consolident tout en euros. Quand certaines devises se déprécient, la performance commerciale peut être robuste… et pourtant paraître plus tiède dans les chiffres publiés.

Richemont ajoute un autre élément de décor, moins glamour mais très concret : un environnement macro « complexe », des matières premières en hausse et des devises principales plus faibles qui « continuent de peser sur les marges ». Autrement dit : la demande tient, mais les coûts et le change rappellent que la rentabilité se défend au quotidien.

La joaillerie confirme son statut de valeur refuge du luxe

S’il fallait résumer la performance Richemont en une image, ce serait celle-ci : les bijoux portent le trimestre. Les « Jewellery Maisons » (Cartier, Van Cleef & Arpels et consorts) affichent 4 785 M€ de ventes, en hausse de +14% à taux constants (+6% à taux réels). C’est massif, et c’est surtout cohérent avec une tendance qui s’installe : quand le luxe ralentit, la joaillerie haut de gamme résiste souvent mieux que le reste.

Pourquoi ? Parce que le bijou coche plusieurs cases à la fois : objet de désir, symbole, patrimoine, cadeau, et parfois placement émotionnel. Un sac peut être soumis à une mode, une montre peut être influencée par des cycles de marché, mais un bijou surtout quand il est porté par une signature maison s’inscrit plus facilement dans le temps long.

Le timing a aussi joué : Richemont parle d’un très solide calendrier de fin d’année. La période octobre-décembre reste un moment clé pour la joaillerie (cadeaux, célébrations, voyages, grandes occasions). Et quand l’horloge des fêtes s’emballe, certaines catégories notamment le bijou deviennent un réflexe de dépense chez une clientèle qui veut marquer le coup.

Le Financial Times évoque aussi un point intéressant : la performance a été soutenue par la demande, et la joaillerie a progressé de 14% à 4,78 млрд€ (4,78 milliards d’euros), portée par la saison et la force des maisons.

L’horlogerie remonte, sans fanfare, mais avec un signal positif

Richemont dépasse les attentes : la joaillerie en locomotive, la Chine remonte doucement

L’autre bonne nouvelle du trimestre se niche dans un segment souvent scruté : les Specialist Watchmakers (IWC, Jaeger-LeCoultre, Panerai, etc.). Ici, la croissance est plus mesurée, mais elle existe : 872 M€, +7% à taux constants (+1% à taux réels). Après une période où l’horlogerie a parfois donné des signaux plus mixtes notamment en Asie , Richemont parle d’une amélioration sur la division.

Ce +7% n’est pas qu’un chiffre : c’est un indicateur de normalisation. Dans l’horlogerie, les dynamiques peuvent être plus heurtées (cycles, arbitrages des collectionneurs, effets de stocks, marché secondaire qui influence le neuf). Voir la division reprendre de la couleur suggère que la demande ne s’est pas évaporée : elle s’est déplacée, elle a ralenti, mais elle revient.

La lecture luxe est assez simple : Richemont montre une solidité structurelle parce qu’il est très exposé à la joaillerie… tout en commençant à retrouver un peu d’air côté montres. Reuters souligne d’ailleurs que la joaillerie reste le grand moteur, et que l’horlogerie progresse aussi.

Stabilité globale, et des poches de progression

La troisième grande ligne (« Other ») est plus contrastée : 742 M€ contre 782 M€ un an plus tôt, soit -5% à taux réels, et une indication de stabilité à taux constants dans le commentaire du groupe, avec des maisons « Fashion & Accessories » en hausse de +3% à taux constants.

Pas de décrochage brutal, mais pas de locomotive non plus. C’est assez logique : dans le luxe, tout ne rebondit pas au même rythme. Certaines catégories (bijoux) ont une dynamique naturellement plus robuste ; d’autres (accessoires) dépendent davantage du climat de consommation, de la mode du moment, et parfois de la pression concurrentielle.

Richemont mentionne aussi des éléments à l’intérieur de ce périmètre (par exemple Watch Finder & Co., et certaines maisons) qui affichent un Momentum solide. Là encore, on est sur une photo nuancée : pas un trimestre parfait partout, mais un trimestre où les points forts compensent largement les zones plus calmes.

Les régions : l’Amérique, le Japon et le Moyen-Orient font la course en tête

Ce trimestre est aussi un rappel très net : le luxe n’a plus un seul centre de gravité. La croissance est en définitive à taux constants, mais avec des locomotives régionales très identifiées.

  • Amériques : 1 740 M€, +14% à taux constants (+6% réel)
  • Japon : 632 M€, +17% à taux constants (+7% réel)
  • Moyen-Orient & Afrique : 607 M€, +20% à taux constants (+12% réel)
  • Europe : 1 550 M€, +8% à taux constants (+6% réel)
  • Asie-Pacifique : 1 870 M€, +6% à taux constants mais -2% à taux réels (effet change)

Le Japon reste un marché étonnamment dynamique (avec, souvent, un mélange de demande locale et de tourisme), et le Moyen-Orient & Afrique affiche la plus forte progression, dopée notamment par les Émirats arabes unis.

L’Europe, elle, avance avec un soutien du tourisme, en particulier nord-américain et moyen-oriental, et une belle tenue dans plusieurs pays (Richemont cite notamment le Royaume-Uni et l’Italie).

La Chine : un mieux fragile, mais un mieux quand même

C’est évidemment le passage que tout le monde lit deux fois : la Chine. Richemont indique que les ventes combinées Chine + Hong Kong + Macao progressent de +2% à taux constants, principalement portées par une activité solide à Hong Kong.

Ce +2% peut sembler petit, mais il est significatif pour deux raisons.

D’abord, il s’inscrit dans une séquence : Reuters parle d’une amélioration qui se poursuit en Chine, et souligne que c’est un marché scruté par tout le secteur.
Ensuite, parce qu’il rappelle que la reprise chinoise n’est pas un interrupteur on/off. C’est une remontée graduelle, inégale selon les villes, les catégories, et surtout selon la confiance des consommateurs.

Richemont note aussi une bonne tenue ailleurs en Asie-Pacifique, avec des performances en Corée du Sud et en Australie.
Et c’est un autre message important : l’Asie n’est plus un bloc monolithique. Quand une zone ralentit, d’autres prennent le relais.

Les canaux de vente : le retail reste la force tranquille

Autre signal clé : la distribution. Richemont affiche une progression sur tous les canaux, menée par le retail.

  • Retail : 4 601 M€, +12% à taux constants (+5% réel)
  • Online retail : 413 M€, +5% à taux constants (-1% réel)
  • Wholesale & royalties : 1 385 M€, +9% à taux constants (+3% réel)

On peut lire cela comme une confirmation de stratégie : dans le luxe, le retail direct (boutiques, expériences, service) est devenu un levier central, parce qu’il permet de maîtriser l’image, la relation client, et le “niveau” de l’expérience. Le chiffre +12% à taux constants sur le retail n’est pas seulement une hausse : c’est une indication que le trafic et/ou le panier moyen ont été solides dans les canaux les plus premium.

Le online, lui, progresse à taux constants mais recule légèrement à taux réels — là encore, l’effet change peut brouiller la lecture. Mais l’essentiel est ailleurs : ce trimestre, Richemont montre que la croissance vient d’abord du terrain, des boutiques, des marchés où la relation client se joue en face-à-face.

Une publication qui compte aussi parce qu’elle arrive tôt

Dans la saison des résultats, le « timing » a une valeur. Richemont fait partie des premiers grands noms du luxe à publier des chiffres couvrant la fin d’année 2025. Et de ce fait, le groupe devient un baromètre : si Richemont surprend positivement, le marché se demande aussitôt si cela raconte quelque chose du secteur dans son ensemble.

Reuters insiste sur cette dimension : Richemont offre des “early insights” sur la demande luxe, au moment où d’autres poids lourds (LVMH, Hermès, Kering) doivent publier à leur tour.
Ce n’est pas que Richemont résume tout le luxe, mais sa forte exposition à la joaillerie, segment souvent résilient, en fait un signal particulièrement surveillé.

Et la réaction boursière l’a montré : la surprise au-dessus du consensus a été interprétée comme un signe encourageant, au moins sur la partie la plus haute du marché.

Les zones d’ombre : marges, coûts, et un luxe qui doit rester agile

Ce tableau ne signifie pas que tout est réglé. Richemont lui-même rappelle les pressions : devises défavorables, coûts matières, environnement macro complexe.

Le Financial Times pointe aussi un élément qui nuance l’euphorie : la hausse des coûts (notamment l’or) et un cash inflow trimestriel plus faible (mentionné comme 1,1 Md€ contre 1,8 Md€ un an plus tôt). C’est un rappel utile : dans le luxe, la croissance du chiffre d’affaires ne raconte pas toute l’histoire, la rentabilité et la génération de cash restent des batailles quotidiennes.

Autre point à garder en tête : le luxe fonctionne par confiance. Une géopolitique nerveuse, des marchés touristiques perturbés, des distributeurs fragilisés… Reuters évoque par exemple des perturbations retail aux États-Unis. Ce sont des éléments exogènes, mais ils comptent, parce qu’ils peuvent déplacer le trafic, affecter des partenaires, et modifier des habitudes d’achat.

Ce que Richemont raconte, au fond, du luxe en 2026

Si on prend un peu de recul, ce trimestre dit trois choses.

La première : la joaillerie est plus que jamais le cœur battant du luxe solide. Richemont le confirme trimestre après trimestre : quand l’époque hésite, le bijou tient. Parce qu’il combine émotion et durabilité, cadeau et patrimoine, rêve et valeur.

La deuxième : la géographie du luxe s’élargit. Le récit tout dépend de la Chine devient moins total, même si la Chine reste un marché essentiel. Les Amériques, le Japon, le Moyen-Orient & Afrique affichent des dynamiques impressionnantes. Et l’Europe continue de profiter d’un tourisme premium qui, malgré les cycles, reste un carburant puissant.

La troisième : l’époque demande de la précision. Les groupes doivent piloter finement : prix, mix produit, expérience boutique, coûts, change. Richemont termine le trimestre avec une position de trésorerie nette de 7,6 Md€, ce qui donne de la solidité et de la marge de manœuvre pour investir, absorber des chocs, et continuer à nourrir les maisons , comme le groupe le souligne.

En bref, Richemont ne dit pas : « tout va parfaitement ». Richemont dit : « dans un monde compliqué, notre cœur de métier reste désiré, et notre dynamique commerciale est plus forte que prévu. » Et pour un secteur où la perception compte presque autant que les chiffres, c’est déjà un signal puissant.