ll y a des prises de fonction qui passent presque inaperçues, et puis il y a celles qui donnent immédiatement le ton. Depuis son arrivée à la tête de Kering, Luca de Meo a choisi une méthode très directe pour se présenter au monde du luxe. Pas un communiqué froid, mais un message personnel, publié sur les réseaux sociaux, où il parle d’humain, de confiance et d’avenir. Autant de mots que l’on n’associe pas toujours spontanément à un groupe de luxe coté en bourse, et qui donnent envie de regarder sa vision de plus près.
Un leadership qui remet l’humain au centre
Ce qui frappe d’abord chez Luca de Meo, c’est sa façon de parler des équipes. Il insiste sur les femmes et les hommes qui font vivre Kering, dans les ateliers, les studios de création, les boutiques, les sièges. Pour lui, un luxe crédible commence par là.
Son idée est simple et puissante à la fois. Retisser des liens de confiance en interne, réécouter les gens qui connaissent le terrain, redonner de la valeur à la parole de celles et ceux qui fabriquent, dessinent, conseillent. Il parle d’écoute active, de feedback, de dialogue. Ce vocabulaire, souvent galvaudé, prend une autre résonance dans un groupe qui rassemble certaines des maisons les plus désirées au monde.
Dans un contexte où le luxe a parfois été perçu comme distant, presque inaccessible, cette posture plus humaine ressemble à une forme de rééquilibrage. Une façon de dire que l’excellence ne se décrète pas, elle se construit avec les équipes, jour après jour.
L’excellence artisanale comme boussole
Autre pilier de sa vision du luxe chez Kering : le retour assumé à l’excellence artisanale. Pour Luca de Meo, un objet de luxe n’est pas seulement un symbole de statut ou un logo. Il doit raconter une histoire, porter une trace de la main qui l’a façonné, transmettre un savoir-faire.
Cela passe par un soutien renforcé aux ateliers, aux artisans locaux, aux métiers d’art parfois fragilisés par la production de masse. L’idée est de privilégier la qualité plutôt que la course aux volumes, de remettre en avant le temps long de la création, du prototypage, de la matière choisie avec soin.
Dans cette perspective, les collaborations avec des créateurs émergents, des maisons plus confidentielles ou des artisans indépendants prennent tout leur sens. Elles permettent d’enrichir l’ADN des marques du groupe tout en préservant ce qui fait le cœur du luxe : la rareté, la précision et le geste.
Rebâtir la confiance autour de Kering
La confiance est un mot que Luca de Meo répète volontiers, autant pour parler des clientes et clients que des équipes ou des partenaires. Dans un secteur scruté de près, où la moindre incohérence est pointée en quelques secondes sur les réseaux sociaux, cette confiance devient un véritable capital stratégique.
Concrètement, cela passe par plus de transparence sur les modes de production, l’origine des matières, les engagements éthiques. Expliquer comment l’on fabrique, avec qui, où et pourquoi. Montrer les coulisses plutôt que de rester derrière un rideau doré.
Pour les maisons de Kering, l’enjeu est de trouver le bon équilibre. Préserver la part de mystère indispensable au luxe, sans donner l’impression de se cacher. Répondre aux interrogations de nouvelles générations de clients, très sensibles aux questions de traçabilité, de conditions de travail et d’impact environnemental.
Vers un luxe durable et responsable
Évidemment, on ne peut plus parler de Kering sans aborder la question du luxe durable. Le groupe a déjà pris des engagements forts ces dernières années, mais Luca de Meo semble décidé à aller encore plus loin.
Réduire l’empreinte carbone des opérations, travailler avec des matériaux responsables, limiter les déchets, développer l’économie circulaire: ces sujets ne sont plus des annexes de la stratégie, ils en deviennent le cœur.
L’ambition est claire. Prouver qu’un groupe de luxe peut rester désiré et désirant tout en respectant mieux les ressources, la planète, les communautés. Il ne s’agit pas de culpabiliser les clients, mais de leur donner la possibilité de choisir un luxe plus en phase avec leurs valeurs, sans renoncer au rêve ni à la beauté des pièces.
Innovation et technologie au service de l’émotion
On pourrait croire que l’innovation technologique est l’ennemie du geste artisanal. Luca de Meo défend l’inverse. Pour lui, la technologie peut amplifier l’expérience du luxe si elle est utilisée avec intelligence.
Il imagine des parcours d’achat enrichis par la réalité augmentée, des applications qui permettent de découvrir une collection autrement, des services digitaux qui prolongent la relation avec la cliente bien après la vente. L’objectif n’est pas de remplacer la boutique ou la relation humaine, mais de les compléter.
En parallèle, la technologie peut aussi transformer les coulisses. Outils pour mieux prévoir les stocks, plateformes pour limiter les invendus, solutions pour tracer la matière du fournisseur à la boutique. Autant de leviers qui rendent le luxe durable plus concret, plus mesurable.
Fédérer les maisons autour d’une vision commune
Le groupe Kering est une constellation de maisons, chacune avec son histoire, son identité, sa clientèle. L’une des missions de Luca de Meo est de créer des ponts entre elles sans les uniformiser.
Il mise sur une approche collaborative: partager les expertises, les bonnes pratiques, les innovations de l’une qui peuvent être adaptées par l’autre. Faciliter des projets croisés, des dialogues entre directeurs artistiques, des échanges entre équipes.
Ce travail de fédération a un objectif clair. Faire de Kering plus qu’une somme de marques: un groupe de luxe cohérent, capable d’avancer dans la même direction sur les grands sujets que sont la durabilité, l’innovation, la relation client et l’excellence artisanale.
Un futur du luxe plus humain
Au fond, ce que dessine Luca de Meo pour Kering, c’est une nouvelle manière de penser le luxe. Moins lisse, moins uniquement centrée sur le produit, plus attentive à celles et ceux qui le conçoivent, le fabriquent, le portent.
Son discours, très direct sur les réseaux sociaux, donne déjà la tonalité. Un mélange de proximité, de lucidité sur les défis à venir, et de confiance dans la capacité du groupe à se réinventer sans renier son héritage.
Reste maintenant à transformer cette vision en réalité, collection après collection, décision après décision. Si le pari est tenu, Kering pourrait incarner ce que beaucoup attendent du luxe durable aujourd’hui: un secteur capable de faire rêver autrement, avec autant de style, mais davantage de sens.
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