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Frédéric Panaïotis, mémoire vive de Ruinart et figure majeure du champagne
La Maison Ruinart est en deuil. Son chef de cave, Frédéric Panaïotis, s’est éteint le 15 juin 2025 à la suite d’un accident d’apnée survenu en Belgique. Il avait 60 ans. Discret et solaire à la fois, il aura façonné le style contemporain de la plus ancienne maison de champagne, porté par l’exigence, la précision et une lecture sensible du terroir. Les professionnels comme les amateurs saluent aujourd’hui un artisan de la finesse, un passeur de culture, un ambassadeur attentif de la durabilité.
De la Champagne natale à la plus ancienne maison de champagne
Né en 1964 et formé au cœur du vignoble, Frédéric Panaïotis a grandi au rythme des saisons. Après avoir fait ses armes dans la région, il rejoint Ruinart en 2007 pour en devenir le chef de cave. À ce poste, il conduit les assemblages des cuvées non millésimées comme Blanc de Blancs et Rosé, jusqu’aux prestigieux Dom Ruinart blanc et rosé, tout en incarnant la voix de la maison sur les marchés du monde. Auparavant, il avait œuvré plus d’une décennie chez Veuve Clicquot, ce qui assoit sa réputation de technicien précis et de dégustateur à l’oreille absolue.
Un style ciselé autour du Chardonnay
Chez Ruinart, il affine un style limpide, lumineux, axé sur la pureté du Chardonnay. Les vins gagnent en droiture, en allonge, en salinité, avec des bulles d’une grande délicatesse et des équilibres qui privilégient la digestibilité. Sa signature tient à l’art de l’assemblage et à la lecture du temps.
Choix des crus, gestion des réserves, travail de l’élevage sur lies, rien n’est laissé au hasard pour révéler une texture soyeuse et une aromatique de fleurs blanches, d’agrumes et de pierre humide. Les critiques l’avaient classé parmi les artisans les plus influents de la Champagne pour cette quête d’évidence et de précision.
La durabilité comme ligne directrice
Visionnaire pragmatique, Frédéric Panaïotis a contribué à ancrer la durabilité dans les gestes et les objets de la maison. L’illustration la plus visible reste Second Skin, l’étui moulé en fibres de papier, neuf fois plus léger que l’ancienne boîte cadeau et 100 pour cent recyclable dans la filière papier, qui permet de réduire sensiblement l’empreinte carbone de l’emballage. Cette démarche, portée par l’équipe, dit le souci de concilier luxe et responsabilité sans sacrifier l’expérience.
Un chef de cave communicant et pédagogue

Au delà des chais, Frédéric Panaïotis était un conteur. En voyage, en masterclass, au vignoble, il savait rendre lisibles des sujets complexes. Il parlait climat, maturités, craie et fraîcheur avec un naturel désarmant, rappelant que le champagne n’est pas un style imposé mais la rencontre d’un lieu et d’un temps.
Cette pédagogie a participé au rayonnement international de Ruinart, renforçant la relation de confiance entre la maison et une nouvelle génération d’amateurs.
Un choc pour la filière, un élan d’hommages
L’annonce de sa disparition a provoqué une vague d’émotion en Champagne et bien au delà. Vignerons, sommeliers, journalistes spécialisés, clients de longue date, tous saluent l’élégance d’un professionnel respecté, la curiosité d’un esprit scientifique et l’humanité d’un compagnon de table. Les hommages rappellent sa polyvalence, sa culture, et la marque indélébile qu’il laisse sur les vins qu’il a façonnés.
Ce que son héritage change pour Ruinart
Un grand chef de cave donne une trajectoire autant qu’un goût. La maison dispose aujourd’hui d’un cap clair. Respect accru du terroir, précision des assemblages, engagements concrets en durabilité, dialogue constant avec les publics. Les équipes, qui ont travaillé à ses côtés, sauront préserver cette cohérence. Les cuvées déjà en élaboration porteront longtemps la mémoire de ses choix. L’avenir consistera à prolonger la ligne qu’il a tracée, sans céder à la tentation de figer un style vivant par nature.
Une vie sous le signe de la curiosité
S’il était œnologue, Panaïotis fut aussi un musicien amoureux des langues, un plongeur apnéiste passionné, un voyageur curieux. Cette pluralité nourrit la finesse de ses vins comme sa manière d’être au monde. Son accident, survenu lors d’un entraînement d’apnée, rappelle la part de risque que comportent les passions les plus exigeantes et l’intensité avec laquelle il vivait. La Champagne perd un artisan majeur, le public un passeur généreux.
Ce que l’on retiendra dans le verre
On se souviendra d’une bulle qui caresse plus qu’elle ne bouscule, d’une acidité traçante qui signe la craie, d’une aromatique cristalline qui n’a jamais cherché l’effet. On se souviendra surtout d’une ambition simple. Faire des vins qui donnent envie de se resservir, qui se prêtent à table, qui respectent le temps.
À l’heure où les maisons de champagne conjuguent histoire et modernité, la leçon de Frédéric Panaïotis tient en une phrase. La beauté naît de la justesse.
Héritage de Frédéric Panaïotis chez Ruinart : un champagne lumineux entre excellence et durabilité
La disparition de Frédéric Panaïotis laisse un vide immense, mais son héritage irrigue déjà le futur de Ruinart et, plus largement, de la Champagne. Par son exigence, sa clarté et son sens du partage, il aura durablement marqué les cuvées de la maison et inspiré toute une génération. Lever un verre aujourd’hui, c’est célébrer un homme qui a su faire parler la craie en douceur, et inscrire la durabilité au cœur d’un luxe qui a du sens.
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