Kering au premier semestre 2025. un signal d’alarme pour le luxe français
Le groupe Kering a signé un premier semestre 2025 en net repli, avec un chiffre d’affaires de 7,59 milliards d’euros, en baisse de 16 pour cent en publié et de 15 pour cent en comparable. Le revenu du deuxième trimestre s’établit à 3,7 milliards d’euros, en recul de 18 pour cent, confirmant l’atonie de la demande et la pression concurrentielle sur plusieurs marchés clés. Le résultat opérationnel récurrent tombe à 969 millions d’euros.
Les ressorts de la contre-performance
Plusieurs facteurs se combinent. tassement de la demande luxe dans un contexte macro plus sélectif, intensification de la concurrence avec des marques en très forte traction, et normalisation du panier moyen, en particulier en Asie Pacifique. La région affiche la plus forte contraction, pénalisant les maisons phares du groupe.
Marque par marque, choc chez Gucci, résilience chez Bottega Veneta

Le poids lourd Gucci plombe l’ensemble. ses ventes chutent de 26 pour cent sur le semestre, soulignant une phase de redéfinition commerciale et stylistique encore inachevée. Saint Laurent se replie, tandis que Bottega Veneta tire son épingle du jeu, avec un léger progrès du chiffre d’affaires et une marge en amélioration. Les métiers périphériques apportent un contrepoint positif. Kering Eyewear progresse de 2 pour cent en comparable et Kering Beauté de 9 pour cent, portés notamment par Creed.
Les réactions du marché et le regard des agences
La publication a ravivé les doutes sur la trajectoire à court terme. S&P Global a dégradé la perspective de la note de crédit de Kering de stable à négative, pointant la faiblesse d’Asie Pacifique, la dépendance à Gucci et les risques d’exécution du redressement. Le rating long terme reste toutefois en catégorie investissement.
Les vents contraires externes, devises et tarifs
Au delà de la demande, des facteurs exogènes pèsent sur l’activité. l’effet devises défavorable et la sensibilité du pricing aux évolutions tarifaires américaines. La direction financière a d’ailleurs indiqué envisager des rehausses ciblées aux États Unis pour neutraliser de potentiels droits de douane supplémentaires. Ces ajustements restent délicats dans un environnement de consommation plus mesuré.
Gouvernance et cap stratégique
Le semestre est aussi marqué par un changement de gouvernance. Luca de Meo prendra la direction générale mi-septembre 2025, avec pour mandat d’accélérer l’exécution et de restaurer la trajectoire de croissance rentable. Périmètre, organisation, allocation des ressources et calendrier des collections seront au cœur des arbitrages.
Les leviers de redressement à court terme
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Réarmement de l’offre chez Gucci
Priorité à la lisibilité des piliers, au recentrage des coloramas et à une cadence de nouveautés mieux rythmée par marché. L’objectif est de regagner de la désirabilité sans diluer l’ADN, en s’appuyant sur l’exécution retail et le clienteling. -
Excellence retail et expérience client
Accent sur l’omnicanal, l’encaissement mobile, le rendez vous styliste, la mise à disposition des tailles en temps réel. Un parcours fluide et hautement personnalisé améliore la conversion et le taux de réachat. -
Discipline d’allocation
Réduction mesurée des réseaux wholesale, optimisation du maillage boutiques, assortiments calibrés ville par ville, et protection de la valeur par une politique de prix et de volumes maîtrisée. -
Diversification des moteurs
Capitaliser sur Bottega Veneta, Kering Eyewear et Kering Beauté pour lisser les cycles, tout en gardant l’ambition de relance de Saint Laurent sur ses catégories cœur.
Pourquoi la durabilité reste un différenciateur ?
Dans un cycle plus sélectif, la durabilité et la traçabilité deviennent des marqueurs essentiels de valeur perçue. Matériaux responsables, réparabilité, services après vente de haut niveau et transparence des filières sont des leviers de fidélisation qui renforcent la préférence de marque, y compris lorsque la dynamique prix est contrainte. C’est aussi un territoire où Kering peut capitaliser sur une avance historique pour regagner la confiance des clients et des investisseurs.
Ce qu’il faut surveiller au second semestre
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Traction de l’offre Gucci. qualité de reception des nouvelles capsules et rotation en boutique.
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Nord Amérique et Europe. tenue des achats locaux hors tourisme et réponse aux ajustements de prix.
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Asie Pacifique. signaux de stabilisation, notamment en Chine continentale.
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Mix de marge. contribution d’Eyewear et Beauté, discipline des coûts et capex.
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Discours stratégique du nouveau CEO et jalons d’exécution à 6 et 12 mois.
En résumé
Le recul de 15 pour cent en comparable au premier semestre 2025 place Kering face à un moment de vérité. Le groupe dispose d’atouts réels, de maisons puissantes et d’expertises métiers solides, mais doit exécuter rapidement sur ses priorités. Réarmer l’offre de Gucci, élever l’expérience client, réallouer finement les ressources et s’appuyer sur des pôles plus résilients seront déterminants pour enrayer la spirale et restaurer la rentabilité. Les prochains trimestres diront si l’inflexion est engagée.


