Qui est Marco Felci, le nouveau CEO Amériques de Tod’s ?
La nomination pourrait passer pour un mouvement de gouvernance parmi d’autres. Elle raconte pourtant beaucoup de la nouvelle équation de Tod’s.
Depuis le 15 septembre 2025, Marco Felci dirige les activités du groupe Tod’s dans les Amériques. Le manager italien succède à Roberto Lorenzini avec une mission particulièrement stratégique : renforcer la présence d’un groupe historiquement associé au savoir-faire italien, à la chaussure de luxe et à la maroquinerie sur un marché américain aussi puissant que concurrentiel.1
Son arrivée ne se fait pas dans le vide. Elle intervient moins d’un an après un autre changement majeur : le 26 septembre 2024, Tod’s annonçait la nomination de John Galantic comme CEO du groupe, dans le cadre d’une nouvelle phase de développement international.
Pour Tod’s, l’enjeu est désormais limpide : transformer son patrimoine et son excellence artisanale en davantage de visibilité, désirabilité et croissance dans les Amériques, sans diluer ce qui fait précisément sa singularité.
Le choix de Marco Felci prend tout son sens lorsqu’on regarde son parcours. Le dirigeant possède plus de vingt ans d’expérience dans la mode et le luxe, avec une connaissance particulièrement poussée du marché américain. Il débute sa carrière chez Hermès en Italie avant de rejoindre les États-Unis, où il occupe progressivement des fonctions commerciales et managériales chez plusieurs grandes maisons.1
Son CV passe notamment par :
- Hermès, où il commence dans le retail en Italie ;
- Loro Piana, avec des responsabilités commerciales aux États-Unis ;
- Lanvin ;
- Versace ;
- Sergio Rossi, dont il a dirigé les activités américaines ;
- Etro, en qualité de CEO Americas ;
- puis Dolce & Gabbana, où il occupait le poste d’Executive Vice President Commercial avant son arrivée chez Tod’s.1
Ce parcours est important pour comprendre la nomination. Marco Felci n’est pas simplement un spécialiste des produits de luxe. Son expérience se situe à l’intersection du retail, du wholesale, du développement commercial, de la construction de marque et de la compréhension des spécificités du consommateur nord-américain.
Autrement dit : exactement là où Tod’s doit aujourd’hui accélérer.
Pourquoi les Amériques sont-elles si importantes pour Tod’s ?
Le paradoxe est intéressant. Tod’s dispose d’une reconnaissance internationale considérable, d’icônes installées comme le Gommino, d’un patrimoine lié au travail du cuir et d’une identité immédiatement associée à une certaine idée de l’élégance italienne. Pourtant, le potentiel américain reste important. En 2023, les Amériques généraient environ 85 millions d’euros, soit seulement 7,6 % du chiffre d’affaires du groupe.1
Ce chiffre constitue moins une faiblesse qu’un indicateur du potentiel disponible. Les États-Unis concentrent une clientèle importante pour les grandes maisons internationales et demeurent un territoire essentiel pour la mode, la maroquinerie, les accessoires, la joaillerie et les expériences premium.
La relation économique transatlantique reste par ailleurs considérable : selon la Direction générale du Trésor, les échanges de biens et de services entre la France et les États-Unis ont atteint un record de 182 milliards de dollars en 2025, tandis que le luxe et l’art de vivre restent des composantes importantes des flux commerciaux transatlantiques. Pour une maison italienne comme Tod’s, cette profondeur économique illustre surtout une réalité : l’Amérique demeure incontournable pour le luxe européen.
Tod’s possède un avantage rare : le Made in Italy comme produit, pas comme slogan
Dans une industrie où les campagnes se succèdent rapidement, Tod’s possède quelque chose de beaucoup plus difficile à reproduire : une véritable culture du Made in Italy. La maison s’est construite autour de la chaussure, du travail du cuir et d’une conception du luxe où la qualité se perçoit dans la matière, la coupe, la construction et le geste.
Le Gommino Tod’s, reconnaissable à ses picots en caoutchouc, reste le meilleur exemple de cette philosophie. Il ne s’agit pas uniquement d’un mocassin célèbre : il synthétise une vision du luxe moins démonstrative que celle de nombreuses maisons concurrentes.
Un luxe fondé sur :
- le savoir-faire artisanal ;
- la qualité des matières ;
- le confort ;
- l’élégance discrète ;
- la durabilité stylistique ;
- et une certaine idée de la dolce vita contemporaine.
Ce positionnement possède aujourd’hui une pertinence particulière. À mesure que certaines clientèles se montrent plus sélectives, la question n’est plus seulement de savoir si un produit porte un logo identifiable. Il doit également pouvoir justifier son prix par sa construction, son histoire, sa matière et l’expérience qui l’accompagne. C’est précisément dans cet espace que Tod’s peut défendre sa différence.
Marco Felci face au véritable défi : rendre Tod’s plus visible sans le banaliser
C’est probablement le point le plus délicat de sa mission. Une marque de luxe peut facilement augmenter sa visibilité. Elle peut multiplier les campagnes, les collaborations, les influenceurs, les événements et les lancements.
Mais augmenter la visibilité sans réduire la perception d’exclusivité est beaucoup plus complexe. Tod’s ne gagnerait pas à imiter les maisons les plus bruyantes du secteur. Son capital repose précisément sur une élégance silencieuse, une sophistication matérielle et une forme de retenue.
L’objectif de Marco Felci devrait donc moins consister à changer l’identité de Tod’s qu’à la rendre plus lisible pour les consommateurs américains. La différence est fondamentale. Le véritable enjeu pourrait être résumé ainsi : moderniser le langage de la maison sans modifier sa grammaire.
New York, Beverly Hills, Miami : le retail reste un média essentiel
Dans le luxe, la boutique n’est plus simplement un point de vente. Elle est devenue un média. Architecture, service, accueil, scénographie, personnalisation, clienteling, événements privés : l’expérience physique participe directement à la construction de la valeur perçue. Pour Tod’s, renforcer les Amériques implique donc nécessairement une réflexion sur le retail de luxe.
New York reste incontournable, tout comme la Californie, la Floride et plusieurs bassins de clientèle à fort pouvoir d’achat. Mais le développement ne se limite plus à ouvrir davantage de boutiques.
Il faut désormais savoir articuler : boutiques physiques → clienteling → CRM → e-commerce → réseaux sociaux → événements → fidélisation.
Le client qui découvre un sac ou une paire de mocassins sur Instagram peut vouloir vérifier sa disponibilité en ligne, l’essayer en boutique, réserver un rendez-vous puis poursuivre la relation avec un conseiller par messagerie. Cette continuité est devenue un standard du luxe contemporain. L’expérience de Marco Felci entre retail et wholesale devrait précisément constituer un atout pour construire cette mécanique.
Department stores et wholesale : un levier toujours stratégique aux États-Unis
Le marché américain possède également une particularité historique : le rôle des department stores et des grands distributeurs multimarques. Même si les maisons développent depuis plusieurs années leur distribution directe, ces partenaires continuent de jouer un rôle important dans la découverte des marques et l’accès à certaines clientèles.
Pour Tod’s, l’équilibre à trouver est subtil. Une distribution trop large risquerait d’affaiblir la rareté. Une distribution trop étroite limiterait au contraire la visibilité. Le travail d’un CEO régional consiste justement à déterminer :
- quelles villes privilégier ;
- quels partenaires conserver ;
- quelles catégories pousser ;
- quels produits réserver au réseau direct ;
- où investir dans l’expérience ;
- et comment protéger les prix et l’image de marque.
Sur ce terrain, l’expérience américaine de Marco Felci pourrait se révéler particulièrement précieuse.
Du Gommino aux sacs : Tod’s doit aussi travailler ses produits héros
Dans le luxe, la croissance repose rarement sur l’ensemble d’une collection. Elle repose généralement sur quelques produits iconiques capables de devenir des portes d’entrée dans l’univers d’une maison.
Tod’s possède déjà ce type d’actif. Le Gommino constitue évidemment son symbole le plus évident. Mais la maison dispose également d’un potentiel important dans les sacs en cuir, les chaussures pour femme et homme, les sneakers premium et les accessoires. L’enjeu commercial américain pourrait donc passer par une hiérarchie encore plus claire des produits.
Un consommateur doit pouvoir répondre presque immédiatement à cette question : « Si je ne devais acheter qu’un seul produit chez Tod’s, lequel choisirais-je ? » Les grandes maisons qui progressent le plus vite savent généralement répondre à cette question.
Créer un produit héros facilite le référencement naturel, les recherches de marque, le bouche-à-oreille, la visibilité sociale et la conversion en boutique.
Les ambassadeurs participent désormais directement à la stratégie internationale de Tod’s
Tod’s ne travaille évidemment pas uniquement son réseau commercial. La maison cherche également à renforcer sa présence culturelle en s’associant à des personnalités capables d’introduire ses codes auprès de nouvelles communautés.
Cette stratégie est particulièrement visible en Asie, où l’influence des acteurs, chanteurs et personnalités culturelles peut considérablement accélérer la notoriété d’une maison.
Luxe Daily a notamment analysé le rapprochement entre Tod’s et Xiao Zhan, illustration d’une stratégie où l’ambassadeur devient un véritable accélérateur de désirabilité. La même logique permet d’observer la manière dont Tod’s cherche à renouveler son audience à travers de nouveaux visages. Ce travail autour des talents ne remplace pas le produit. Il sert plutôt à lui donner un contexte culturel plus large.
Et pour une maison dont l’esthétique repose davantage sur la subtilité que sur l’ostentation, le choix des personnalités est déterminant.
Luxe et durabilité : Tod’s doit apporter des preuves
L’autre chantier dépasse largement le seul marché américain : celui de la traçabilité et de la durabilité. Pendant plusieurs années, le secteur de la mode a multiplié les déclarations environnementales générales. Les attentes évoluent désormais vers des informations beaucoup plus concrètes.
Origine des matériaux, conditions de fabrication, durée de vie, réparabilité, entretien et traçabilité de la chaîne de valeur deviennent des sujets structurants.
En France, cette évolution est déjà prise en compte au niveau institutionnel. Le Comité stratégique de filière Mode et Luxe 2023-2027 fait notamment de la transition écologique l’un de ses grands axes.
L’ADEME a également accompagné des travaux consacrés à la traçabilité dans l’habillement, signe que la preuve et la documentation de la chaîne de production deviennent progressivement aussi importantes que le discours.Pour Tod’s, cette évolution peut constituer une opportunité.
Une maison fondée sur la qualité du cuir et le savoir-faire artisanal dispose naturellement de nombreux éléments pour parler de durée de vie, d’entretien, de réparation et de transmission. À condition, là encore, de documenter les engagements plutôt que de se contenter de les affirmer.
Le marché américain exige une stratégie locale, pas une simple traduction de l’Europe
C’est peut-être ici que la connaissance de Marco Felci devient réellement stratégique. Les États-Unis ne constituent pas un marché homogène.
La clientèle de Manhattan ne consomme pas nécessairement le luxe comme celle de Miami ou de Los Angeles. Les différences concernent aussi bien les usages que les couleurs, la saisonnalité, les catégories de produits ou la façon dont les clients interagissent avec les boutiques.
Un pilotage régional efficace suppose donc une véritable localisation de l’offre. Cela ne signifie pas fabriquer un « Tod’s américain ». Cela signifie savoir mettre en avant les bonnes pièces, au bon moment, dans les bons marchés.
Des sélections exclusives, coloris adaptés, animations locales ou événements particuliers peuvent ainsi renforcer la pertinence commerciale sans remettre en question l’identité globale de la maison. C’est souvent dans cette finesse d’exécution que se joue la différence entre présence internationale et véritable implantation locale.
Une nomination qui s’inscrit dans la transformation plus large de Tod’s Group
L’arrivée de Marco Felci doit enfin être replacée dans une dynamique plus large. Le 26 septembre 2024, Tod’s annonçait l’arrivée de John Galantic à sa direction générale.
Ancien dirigeant de Chanel, Galantic possède lui aussi une importante expérience internationale et une expertise particulière dans la construction de marque.
Un an plus tard, la nomination de Marco Felci aux Amériques apparaît donc moins comme une décision isolée que comme l’une des pièces d’une organisation progressivement renforcée autour de profils possédant une forte expérience du brand building et du marché international. L’objectif semble clair : donner davantage de moyens managériaux à Tod’s pour exploiter son potentiel mondial.
Marco Felci peut-il faire changer d’échelle Tod’s aux États-Unis ?
La réponse dépendra moins des effets d’annonce que de l’exécution. Tod’s possède déjà plusieurs des ingrédients que recherchent les consommateurs du luxe : une histoire identifiable, une fabrication associée à l’Italie, des produits iconiques, un univers cohérent et une véritable légitimité dans le cuir et la chaussure.
Son défi américain est différent. Il consiste à rendre ces qualités plus visibles et plus désirables dans un environnement où Hermès, Louis Vuitton, Gucci, Bottega Veneta, Prada ou encore Loro Piana disposent déjà d’une très forte présence.
Marco Felci arrive avec une connaissance directe de ce terrain. Son expérience chez Hermès, Loro Piana, Versace, Sergio Rossi, et Dolce & Gabbana lui donne une compréhension assez rare de la façon dont les maisons européennes peuvent être traduites commercialement pour le marché américain.
Reste maintenant à préserver l’équilibre. Plus de distribution, sans banalisation. Plus de visibilité, sans surexposition. Plus de croissance, sans perdre l’identité. C’est dans cet espace étroit que se jouera une partie de l’avenir de Tod’s dans les Amériques.
Et c’est précisément pour cette raison que la nomination de Marco Felci mérite davantage qu’une simple brève consacrée à un changement de dirigeant.
FAQ – Marco Felci et Tod’s Amériques
Quand Marco Felci a-t-il été nommé CEO Amériques de Tod’s ?
Marco Felci a pris ses fonctions de CEO Americas de Tod’s Group le 15 septembre 2025. Il succède à Roberto Lorenzini.1
Où travaillait Marco Felci avant Tod’s ?
Avant de rejoindre Tod’s, Marco Felci occupait le poste d’Executive Vice President Commercial chez Dolce & Gabbana. Il a également travaillé chez Hermès, Loro Piana, Lanvin et Versace et dirigé les activités américaines de Sergio Rossi et Etro.1
Pourquoi Tod’s veut-il se renforcer aux États-Unis ?
Les Amériques ne représentaient qu’environ 7,6 % du chiffre d’affaires de Tod’s Group en 2023, laissant apparaître un potentiel de développement significatif pour une maison possédant déjà une forte notoriété internationale.1
Quels sont les produits emblématiques de Tod’s ?
La maison est particulièrement connue pour le Gommino, son mocassin à picots devenu l’une des signatures du luxe italien, ainsi que pour ses chaussures, sacs et collections de maroquinerie.
Quels sont les principaux enjeux de Marco Felci chez Tod’s ?
Ses principaux enjeux devraient concerner le développement du retail et du wholesale, la désirabilité de la marque, l’expérience client omnicanale, la mise en avant des produits iconiques et l’adaptation de la stratégie commerciale aux spécificités des différentes clientèles américaines.
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Sources de vérification
3 sources officielles françaises
Footnotes
- FashionNetwork – « Tod’s names Marco Felci CEO Americas »
- Tod’s Group – communication officielle du 26 septembre 2024 annonçant John Galantic comme CEO du groupe.
- Direction générale du Trésor – France et États-Unis : relation économique bilatérale
- Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle – Contrat stratégique de la filière Mode et Luxe 2023-2027
- ADEME – Retour d’expérience du pilote traçabilité habillement 2020-2022