Saint Laurent Vermeil, une collection née du grand reset de 2012

Au début des années 2010, Saint Laurent ne cherche pas simplement à changer de silhouette. La maison entreprend une transformation complète de son identité, de ses campagnes et de son rapport à la culture contemporaine. Nommé directeur de la création et de l’image le 6 mars 2012, Hedi Slimane reçoit la responsabilité artistique de l’ensemble de la marque et de ses collections. Quelques mois plus tard apparaît Saint Laurent Vermeil, une ligne de bijoux conçue comme le prolongement direct de ce nouveau langage.
Graphique, bicolore et volontairement unisexe, la collection associe l’argent à la lumière chaude de l’or. Elle ne relève ni tout à fait de la joaillerie traditionnelle, ni du simple accessoire de mode. Elle appartient à cet espace intermédiaire que Slimane maîtrise parfaitement : celui où un objet précieux devient un signe d’attitude, presque un élément d’uniforme.
Le retour d’Hedi Slimane chez Yves Saint Laurent, maison dont il avait dirigé les collections masculines jusqu’en 2000, ouvre une période de refondation. Le créateur ne se contente pas de dessiner des vêtements. Il intervient sur l’image, les boutiques, la communication, les campagnes et la cohérence globale de la marque.
Cette stratégie s’incarne notamment dans l’utilisation commerciale du nom Saint Laurent Paris. Le changement ne signifie pas l’abandon de l’héritage d’Yves Saint Laurent : il renvoie à la ligne de prêt-à-porter Saint Laurent Rive Gauche créée en 1966. Il traduit néanmoins une volonté claire de simplifier le signe, de le rendre plus frontal, plus jeune et plus immédiatement identifiable.
La collection Saint Laurent Vermeil apparaît dans ce contexte. Les premières créations de Slimane sont annoncées en boutique pour le début de l’année 2013, tandis que Kering évoque alors une transformation et un repositionnement complets de la maison.
Pour replacer cette capsule dans l’évolution générale de la marque, le dossier consacré à l’univers Saint Laurent sur Luxe Daily permet de suivre la continuité entre l’héritage parisien, la période Slimane et les collections contemporaines.
Que signifie réellement le mot « vermeil » ?

Le nom de la collection n’est pas une simple évocation poétique de l’or. Le vermeil correspond à une catégorie précise de bijou.
En France, l’appellation est réservée aux ouvrages en argent recouverts d’une couche d’or dont le titre est au moins égal à 750 millièmes, soit l’équivalent de l’or 18 carats. La couche d’or doit présenter une épaisseur minimale de 5 microns pour que le bijou puisse être commercialisé sous le nom de vermeil.
Les descriptions diffusées lors du lancement de Saint Laurent Vermeil évoquaient plus précisément de l’argent sterling recouvert d’or 18 carats. La présence de l’argent massif distingue donc ces bijoux d’une pièce en simple métal doré.
Cette construction offre plusieurs qualités :
- la densité et le toucher froid de l’argent massif ;
- l’éclat plus sensuel de l’or 18 carats en surface ;
- un coût plus accessible que celui d’une pièce entièrement réalisée en or ;
- la possibilité de faire dialoguer, au sein d’une même collection, des finitions dorées et argentées.
Le choix du vermeil est particulièrement cohérent avec l’esthétique de Slimane. Il permet de conserver une impression précieuse sans basculer dans une joaillerie cérémonielle. Le bijou reste proche du corps, du vêtement et de la vie nocturne.
Or et argent : le contraste comme signature visuelle

Saint Laurent Vermeil repose sur une grammaire très lisible : lignes nettes, surfaces polies, sections franches et contraste entre métal jaune et métal blanc.
Plutôt que de multiplier les pierres, les ornements ou les références décoratives, Slimane concentre l’attention sur la forme. L’or ne sert pas à afficher une richesse spectaculaire. Il devient une lumière. L’argent, de son côté, apporte une dimension plus industrielle, plus froide et presque utilitaire.
Cette tension entre sophistication et dureté est au cœur du vocabulaire Saint Laurent de l’époque. Elle se retrouve dans les vestes noires, les bottines, les chaînes, les cuirs et les silhouettes volontairement étroites. Le bijou ne vient pas embellir la tenue après coup : il participe à son architecture.
Cette approche annonce également une évolution durable de la joaillerie contemporaine, de plus en plus pensée pour être portée au quotidien. Comme l’explique notre analyse sur la manière dont la joaillerie fine devient plus personnelle et portable, la valeur d’un bijou ne repose plus uniquement sur la quantité de pierres ou sur son caractère cérémoniel. Elle dépend aussi de sa capacité à exprimer une personnalité.
Le clou, ou la beauté d’un objet détourné
Parmi les motifs associés à la collection, le clou occupe une place essentielle. Slimane s’intéresse moins à sa dimension décorative qu’à sa force graphique. Objet élémentaire, fonctionnel et presque brutal, il devient une ligne précieuse une fois poli, courbé et porté contre la peau.
Le collier Deux Clous, composé d’argent et d’or, figure parmi les pièces les plus commentées lors du lancement. Son prix avait alors été annoncé à 1 990 dollars, tandis que les premières bagues débutaient autour de 300 dollars.
Le nom Deux Clous résume bien la démarche : partir d’un élément ordinaire et le réduire à sa présence la plus pure. Aucun récit compliqué n’est nécessaire. Le bijou repose sur une silhouette reconnaissable, une tension métallique et un geste.
Cette esthétique s’inscrit dans une histoire plus large du bijou clou, régulièrement réinterprété par les maisons de luxe comme symbole de force, de transgression ou de détournement industriel. Chez Saint Laurent, il devient plus sec et plus nocturne : moins objet manifeste que ponctuation visuelle.
Une collection unisexe par construction
Saint Laurent Vermeil est présentée dès l’origine dans les univers Homme et Femme de la maison. Cette double présence n’est pas seulement une décision commerciale. Elle traduit une conception réellement androgyne du bijou.
Les formes ne reposent pas sur des codes traditionnellement associés à un genre. Les anneaux, manchettes et colliers sont construits autour de volumes élémentaires, de métaux polis et de proportions suffisamment mesurées pour s’adapter à plusieurs morphologies.
Le bijou peut ainsi être :
- porté seul comme un signe minimaliste ;
- combiné à d’autres anneaux ;
- placé sur un poignet nu ;
- associé à une veste de smoking ;
- superposé à une chaîne plus fine ;
- mélangé à des bijoux en argent ou en or déjà possédés.
Cette liberté de composition correspond à la silhouette Saint Laurent de la période Slimane : une allure affûtée, souvent noire, qui circule entre vestiaire masculin et féminin sans chercher à résoudre cette ambiguïté.
L’androgynie ne tient donc pas uniquement au casting de la campagne. Elle se trouve dans la structure même des pièces.
Christopher Owens, visage d’un nouveau Saint Laurent
Pour incarner cette première séquence, Hedi Slimane photographie Christopher Owens, alors connu comme le chanteur et guitariste du groupe Girls. Les images sont diffusées dès septembre 2012, avant la présentation plus large de la capsule en décembre. Le musicien y porte notamment une manchette bicolore issue de la collection unisexe.
Ce choix est révélateur. Slimane ne recherche pas un ambassadeur classique ni une célébrité choisie uniquement pour son audience. Owens incarne une sensibilité musicale, une fragilité et une minceur qui correspondent à la silhouette imaginée pour le nouveau Saint Laurent.
La photographie en noir et blanc supprime presque toute notion de décor. Le vêtement, le corps et le bijou deviennent les seuls éléments du récit. Le luxe n’est pas présenté comme un monde fermé ou théâtral, mais comme une attitude intime capturée dans un portrait.
Christopher Owens occupe ainsi une position charnière. Sa campagne précède le lancement formel du Saint Laurent Music Project, dévoilé au printemps 2013 avec Courtney Love, Kim Gordon, Marilyn Manson et Ariel Pink. Certaines publications ont ensuite considéré Owens comme l’un des premiers visages de ce vaste projet photographique consacré aux musiciens.
Saint Laurent Vermeil ne doit donc pas être isolée du reste du travail de Slimane. La collection participe à un système d’image plus large dans lequel la musique, le vêtement et la photographie nourrissent une seule identité.
Cette stratégie culturelle reste lisible dans les campagnes actuelles de la maison. Le décryptage de la campagne Saint Laurent x Charli XCX montre comment cette association entre musique, tension nocturne et image radicale continue d’alimenter la désirabilité de Saint Laurent.
Une joaillerie d’attitude plutôt qu’une joaillerie de démonstration
Saint Laurent Vermeil compte parce qu’elle propose une autre manière de penser le bijou de maison de couture.
La collection ne cherche pas à concurrencer la haute joaillerie sur le terrain des pierres exceptionnelles ou des savoir-faire de la place Vendôme. Son ambition est différente : créer un bijou-signature, immédiatement identifiable, suffisamment précieux pour être conservé, mais suffisamment simple pour être porté souvent.
Trois idées structurent cette proposition.
1. Le bijou accompagne la silhouette
Une manchette ne constitue pas un élément ajouté à une tenue. Elle prolonge une manche de veste, souligne un poignet et crée un point de lumière dans une silhouette noire.
2. La valeur se trouve dans la ligne
La force de l’objet dépend de la justesse d’une courbe, du poli d’une surface et de l’équilibre entre or et argent. Le design remplace la surcharge.
3. L’identité compte autant que la préciosité
Porter Saint Laurent Vermeil revient à adopter un langage culturel : celui du rock, de l’androgynie et d’une élégance parisienne volontairement sèche.
Cette logique se retrouve dans plusieurs tendances bijoux de l’automne-hiver 2025-2026, notamment le retour des manchettes, des métaux francs et des pièces capables de structurer seules une tenue.
Quelles pièces composaient Saint Laurent Vermeil ?
Les archives commerciales disponibles en ligne sont aujourd’hui fragmentaires. La collection comprenait néanmoins plusieurs catégories de bijoux, parmi lesquelles :
- des bagues en argent et vermeil ;
- des anneaux graphiques ;
- des bracelets rigides ;
- des manchettes bicolores ;
- des chaînes et pendentifs ;
- le collier Deux Clous ;
- plusieurs créations combinant argent apparent et surfaces dorées.
Les modèles semblent avoir été développés comme une famille plutôt que comme une seule pièce iconique. Ils partagent une même économie de lignes et une même tension entre finition précieuse et inspiration industrielle.
La capsule historique ne figure plus dans les catégories de bijoux Saint Laurent actuellement présentées sur le site officiel français. En juillet 2026, la maison propose séparément des bijoux de mode en métal et une collection de bijoux précieux en or 18 carats, notamment autour du motif Cassandre. Il s’agit donc d’une autre offre joaillière, développée après la période Slimane. Cette conclusion repose sur l’examen du catalogue officiel actuel.
Les pièces Saint Laurent Vermeil circulent essentiellement aujourd’hui sur le marché de la seconde main, des ventes spécialisées et des archives de collectionneurs.
Comment reconnaître un bijou Saint Laurent Vermeil ancien ?
L’achat d’une pièce d’archive exige davantage d’attention qu’une commande effectuée auprès de la maison. L’état du placage, les marquages et la provenance doivent être étudiés avec soin.
Examiner les gravures
Selon le modèle, une pièce peut porter une gravure Saint Laurent Paris, une indication relative à l’argent ou un poinçon. Les marquages doivent être nets, réguliers et cohérents avec les dimensions du bijou.
La présence d’un poinçon ne suffit cependant pas, à elle seule, à établir une authenticité. Il faut observer l’ensemble de la fabrication.
Vérifier la base en argent
Un véritable bijou en vermeil repose sur une base en argent, et non sur du laiton ou un alliage fantaisie. Une description commerciale vague comme « métal doré » ne correspond pas nécessairement à du vermeil.
Observer l’usure de la dorure
Sur une pièce portée, la couche d’or peut s’atténuer sur les arêtes et les zones de friction. Une usure régulière laissant apparaître l’argent est cohérente avec la vie d’un bijou en vermeil. En revanche, une corrosion verdâtre peut signaler la présence d’un métal de base différent.
Demander la provenance
Écrin, pochette, facture, certificat de vente ou historique de propriété renforcent la traçabilité. Sur une pièce devenue rare, la qualité de la provenance peut compter presque autant que l’état esthétique.
Comparer les proportions
Les créations de la période Slimane privilégient généralement une exécution précise et des proportions maîtrisées. Une pièce trop légère, grossièrement polie ou présentant des assemblages irréguliers mérite un examen supplémentaire.
Comment porter les bijoux Saint Laurent Vermeil ?
La force de la collection réside dans sa capacité à fonctionner avec un vestiaire réduit. Quelques associations suffisent.
Une manchette sur peau nue
Portée avec une veste noire, une chemise blanche ou un débardeur côtelé, une manchette en vermeil apporte un point de lumière sans casser la rigueur de la silhouette.
Des anneaux en accumulation
Deux bagues graphiques peuvent être associées à un anneau lisse en argent. L’objectif n’est pas de créer une symétrie parfaite, mais un rythme entre surfaces dorées et argentées.
Le mélange des métaux
Saint Laurent Vermeil légitime pleinement le mix or et argent. Inutile de choisir une seule couleur de métal pour l’ensemble de la tenue : le contraste fait précisément partie du vocabulaire de la collection.
Un pendentif sur tee-shirt blanc
Un collier graphique ou un pendentif inspiré du modèle Deux Clous peut être porté sur un tee-shirt blanc légèrement échancré, une chemise ajustée ou un col noir très simple.
Un bijou fort, peu d’accessoires
L’esthétique Slimane fonctionne mieux lorsque le bijou conserve de l’espace autour de lui. Une manchette, une bague ou un collier suffit généralement à créer le point focal.
Comment entretenir un bijou en vermeil ?
Le vermeil possède une base précieuse, mais sa couche d’or reste sensible aux frottements, aux produits chimiques et à l’humidité prolongée.
Pour préserver son éclat :
- retirer le bijou avant la douche, la piscine ou une activité sportive ;
- éviter tout contact direct avec le parfum, les cosmétiques, le chlore et les produits ménagers ;
- essuyer la pièce après chaque port avec un chiffon doux et sec ;
- ranger les bijoux séparément pour limiter les micro-rayures ;
- éviter les produits abrasifs destinés au nettoyage de l’argent, qui risqueraient d’altérer la dorure ;
- confier une dorure très usée à un professionnel capable d’évaluer une éventuelle restauration.
Saint Laurent recommande aujourd’hui d’éviter le contact de ses bijoux avec les cosmétiques, le parfum, le chlore et l’eau. Pour ses créations en or, la maison conseille également un rangement individuel afin d’empêcher les frottements et les rayures.
Pourquoi Saint Laurent Vermeil reste une collection importante ?
Plus de dix ans après son lancement, Saint Laurent Vermeil conserve une étonnante pertinence. La capsule a fixé très tôt plusieurs principes désormais centraux dans la joaillerie de mode : le développement de bijoux non genrés, le mélange assumé de l’or et de l’argent, la recherche d’une pièce précieuse mais portable, le retour des manchettes et des volumes graphiques, l’utilisation du bijou comme marqueur culturel, le rapprochement entre campagne de mode et scène musicale.
Elle illustre aussi la cohérence de la méthode Slimane. Le créateur ne dissocie pas le produit de son environnement culturel. Le choix du métal, la silhouette, le casting, la photographie et la musique racontent la même histoire.
Saint Laurent Vermeil n’est donc pas seulement une capsule de bijoux lancée entre 2012 et 2013. Elle constitue l’un des premiers objets manifestes du nouveau Saint Laurent : plus direct, plus jeune, plus musical et délibérément androgyne.
FAQ sur Saint Laurent Vermeil
Qu’est-ce que la collection Saint Laurent Vermeil ?
Saint Laurent Vermeil est une collection de bijoux unisexes conçue sous la direction artistique d’Hedi Slimane. Présentée en 2012, elle associe principalement l’argent sterling et une finition en or 18 carats.
Quand Saint Laurent Vermeil a-t-elle été lancée ?
Les premières images apparaissent en septembre 2012. La capsule est officiellement présentée dans la presse en décembre 2012, avant une arrivée annoncée en boutique à la fin du mois de janvier 2013.
Saint Laurent Vermeil est-elle une collection pour homme ou pour femme ?
La collection a été proposée dans les deux univers. Ses formes essentielles et ses proportions ont été pensées pour un porté unisexe.
Le vermeil est-il de l’or massif ?
Non. Le vermeil est constitué d’une base en argent recouverte d’or. En France, l’appellation impose notamment une couche d’or d’au moins 5 microns et un titre minimum de 750 millièmes.
Qui apparaît dans la campagne Saint Laurent Vermeil ?
Le musicien Christopher Owens, ancien membre du groupe Girls, est photographié par Hedi Slimane pour les premières images associées à la collection.
La collection Saint Laurent Vermeil est-elle encore vendue ?
La capsule historique ne figure plus dans le catalogue officiel actuel de Saint Laurent. Les pièces se trouvent principalement sur le marché de la seconde main et auprès de vendeurs spécialisés dans les archives de mode.
Quel est le bijou le plus connu de la collection ?
Le collier Deux Clous, réalisé en argent et en finition dorée, est l’une des créations les plus documentées du lancement.
Sources officielles françaises
- Kering – Nomination d’Hedi Slimane comme directeur de la création et de l’image.
- Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes – Étiquetage des bijoux et définition réglementaire du vermeil.
- Saint Laurent France – Catalogue officiel des bijoux précieux et créations en or 18 carats.