Le minimalisme aurait-il perdu son monopole sur l’élégance ? Avec Elegance, Untamed, sa campagne automne 2025, Neiman Marcus apporte une réponse aussi visuelle que catégorique. Le grand magasin américain réhabilite les couleurs profondes, les imprimés animaliers, les ornements, les plumes et les superpositions, sans renoncer à la précision attendue dans l’univers du luxe.
Dévoilée officiellement le 4 septembre 2025, la campagne revendique l’esprit du « more is more ». Elle met en scène les mannequins Andreea Diaconu et Mathieu Simoneau devant l’objectif de la photographe britannique Charlotte Wales. Ensemble, ils composent un récit dans lequel l’abondance n’est pas une accumulation désordonnée, mais une manière de rendre la personnalité visible.
Elegance, Untamed : quelle est la campagne automne 2025 de Neiman Marcus ?
Le titre Elegance, Untamed pourrait se traduire par une « élégance indomptée ». Tout le programme créatif tient dans cette tension : préserver la sophistication tout en libérant la silhouette de ses réflexes les plus sages.
Pour cette campagne, Neiman Marcus rassemble des créations de Dries Van Noten, Loewe, Tom Ford, LaPointe, Aknvas, Ganni, Alex Perry, Christian Louboutin, Valentino, Givenchy ou encore Armani. Les maisons sélectionnées ne partagent pas une esthétique uniforme. Elles sont réunies par leur capacité à produire une mode immédiatement identifiable, travaillée par la matière, la coupe et le contraste.
La campagne ne cherche donc pas à imposer un uniforme maximaliste. Elle propose plutôt un vocabulaire :
- des tons bijoux, du rubis au vert émeraude ;
- des manteaux et vestes à forte présence visuelle ;
- des imprimés animaliers et des motifs graphiques ;
- des boucles d’oreilles surdimensionnées ;
- des plumes, broderies et ornements ;
- des textures superposées pour densifier la silhouette.
Chaque pièce devient un signe. Le vêtement ne complète plus discrètement une identité : il participe directement à sa construction.
Le retour assumé du maximalisme dans la mode de luxe
Le maximalisme chic ne consiste pas à porter simultanément tout ce qu’une garde-robe peut contenir. Il repose sur une composition exigeante, dans laquelle les contrastes sont nombreux mais hiérarchisés.
Chez Neiman Marcus, une couleur dense répond à une matière tactile. Un imprimé spectaculaire est stabilisé par une coupe précise. Un accessoire XXL ponctue la silhouette sans en effacer la structure. Cette orchestration est essentielle : sans elle, l’exubérance devient bruit visuel.
La campagne défend ainsi une idée plus nuancée de l’excès. L’abondance peut rester élégante lorsqu’elle est guidée par un point de vue. Elle ne s’oppose pas nécessairement au raffinement ; elle en déplace les critères.
Cette évolution dépasse le seul prêt-à-porter. La joaillerie, la maroquinerie et le design explorent eux aussi le contraste, la couleur et les volumes expressifs. Luxe Daily l’observait notamment à travers la capsule Quatre Sand de Boucheron, pensée comme un dialogue entre richesse des matières et affirmation de soi.
Un choc visuel, mais jamais un chaos
La réussite de Elegance, Untamed tient à sa maîtrise de la densité. Les décors sont riches, les vêtements opulents et les accessoires visibles, mais chaque image conserve un centre de gravité.
La photographie de Charlotte Wales joue un rôle central. Son regard transforme les deux protagonistes en personnages de cinéma. Ils ne semblent pas simplement poser pour présenter une succession de produits : ils habitent un univers cohérent, fait de profondeur, de mouvement et de confiance.
Les arrière-plans éclectiques prolongent les tenues. Les textures du décor répondent à celles des vêtements. La saturation chromatique attire l’œil, tandis que les lignes des silhouettes maintiennent la lisibilité de l’ensemble.
Cette tension entre exubérance et contrôle résume la vision de la campagne. L’excès est autorisé, à condition qu’il soit édité.
Andreea Diaconu et Mathieu Simoneau : un couple de style plutôt que deux mannequins
En réunissant Andreea Diaconu et Mathieu Simoneau, Neiman Marcus construit un récit à deux voix. Les mannequins incarnent une femme et un homme dont le style attire l’attention moins par provocation que par assurance.
Les deux personnages avancent dans le même monde, mais ne sont pas habillés de manière identique. Cette distinction permet à la campagne de présenter le maximalisme comme une attitude adaptable plutôt que comme une tendance exclusivement féminine.
Le message est clair : une silhouette forte ne dépend ni d’un genre ni d’un âge précis. Elle naît d’un choix conscient, d’une combinaison personnelle de vêtements, de matières et d’accessoires.
Cette approche élargit naturellement l’audience potentielle de Neiman Marcus. Elle parle aux clients historiques, sensibles aux maisons établies et à la qualité de la sélection, tout en adressant une génération plus jeune, habituée à mélanger les références, les époques et les identités esthétiques.
Le luxe comme outil d’affirmation de soi
Pendant plusieurs saisons, le luxe discret a dominé la conversation. Les coupes silencieuses, les palettes neutres et l’absence de logos visibles ont été présentées comme les expressions les plus sophistiquées du goût.
Elegance, Untamed ne rejette pas cette élégance silencieuse. La campagne rappelle simplement qu’elle n’est pas l’unique voie possible.
Le luxe expressif valorise une autre relation au vêtement. Une pièce peut être choisie parce qu’elle attire le regard, provoque une émotion ou traduit une facette de la personnalité. La couleur n’est plus considérée comme une prise de risque à neutraliser. Elle devient un langage.
Cette conception fait écho aux transformations plus générales de la maroquinerie et des accessoires. Comme l’explique notre analyse consacrée au sac de luxe en 2026, les consommateurs recherchent de nouveau des objets capables de provoquer une sensation et de porter un récit personnel.
Le vêtement maximaliste n’est donc pas nécessairement porté pour impressionner les autres. Il peut être adopté pour se reconnaître soi-même.
Une campagne omnicanale au service d’un même univers
Le déploiement officiellement annoncé par Neiman Marcus repose sur quatre territoires : les magasins, les canaux digitaux, la vente à distance assistée et les médias payants. Les premiers visuels en boutique ont été installés à partir du 5 septembre 2025.
Cette continuité est particulièrement importante pour un grand magasin de luxe. Une campagne ne peut plus vivre uniquement dans une photographie publicitaire. Elle doit conserver son identité entre l’écran, la vitrine, l’espace de vente et la relation avec le conseiller.
Dans cette logique, les boutiques deviennent des environnements immersifs. Le décor de campagne prépare le regard, tandis que le merchandising transforme l’image en expérience physique.
Cette stratégie rejoint la mutation du grand magasin de luxe en média physique. Le lieu de vente ne sert plus seulement à présenter un assortiment. Il met en scène des univers, produit du contenu et donne au visiteur une raison de se déplacer.
La même continuité doit se retrouver dans le service. Comme le souligne notre analyse du flagship premium comme laboratoire d’expérience, la cohérence visuelle et sensorielle rassure le client lorsqu’il passe d’un canal à l’autre.
Dans le cas de Elegance, Untamed, le maximalisme devient donc plus qu’une direction artistique. Il constitue un système de marque reconnaissable à chaque point de contact.
Neiman Marcus, la mode et l’art : une relation ancienne
La dimension artistique de la campagne s’inscrit dans une histoire plus longue. En 1993, Neiman Marcus lançait The Art of Fashion, un portfolio éditorial photographié par Patrick Demarchelier. Dès 1994, le concept devenait une prise de parole régulière, notamment sous l’objectif de Richard Avedon.
Au fil des éditions, Neiman Marcus a sollicité des photographes comme Annie Leibovitz, Helmut Newton, Arthur Elgort ou Peter Lindbergh. L’objectif dépassait la présentation commerciale des collections : il s’agissait de défendre le lien entre haute mode, beauté, photographie et création artistique.
Elegance, Untamed n’est pas officiellement présentée comme une collaboration avec des artistes plasticiens. Elle prolonge néanmoins cette tradition par sa construction photographique, son travail des décors et sa manière de traiter chaque silhouette comme une composition.
Cette porosité entre les disciplines est devenue un puissant levier de désirabilité. Les maisons de mode créent des expositions, investissent les foires d’art et confient leurs espaces à des artistes. La collaboration entre Miu Miu et Helen Marten à Art Basel Paris illustre cette évolution : le vêtement y devient un objet culturel capable de dialoguer avec la sculpture et l’installation.
Le maximalisme peut-il être responsable ?
La question mérite une réponse précise. Elegance, Untamed est d’abord une campagne créative et commerciale. Le communiqué officiel ne la présente pas comme une opération environnementale et ne formule pas d’engagement spécifique concernant les matières des pièces photographiées.
Il serait donc excessif de qualifier directement la campagne de « durable ».
Neiman Marcus développe toutefois, séparément, la sélection Fashioned for Change, qui rassemble des marques et des produits répondant à des standards sociaux ou environnementaux établis par des organismes tiers. Cette plateforme permet notamment d’identifier des références selon des critères de diversité, d’approvisionnement ou de responsabilité.
Cette distinction est essentielle. Le maximalisme visuel peut cohabiter avec une consommation plus consciente, mais la richesse esthétique ne constitue pas en elle-même une preuve environnementale.
Un luxe responsable suppose des informations vérifiables :
- la provenance et la composition des matières ;
- la traçabilité des chaînes d’approvisionnement ;
- la solidité et la réparabilité du produit ;
- la limitation des substances préoccupantes ;
- les conditions sociales de fabrication ;
- la possibilité de réemploi, de revente ou de recyclage.
La responsabilité ne consiste donc pas à brider la créativité. Elle oblige plutôt les marques et les distributeurs à documenter ce qui se trouve derrière l’image.
Cette recherche de preuves est également au cœur de notre dossier sur le luxe durable selon Stella McCartney, où la désirabilité des matières alternatives est analysée avec leurs bénéfices, mais aussi leurs éventuels angles morts.
Ce que la campagne révèle du nouveau retail de luxe
Avec Elegance, Untamed, Neiman Marcus ne vend pas seulement une tendance automnale. Le distributeur réaffirme son rôle de curateur.
Face aux boutiques mono-marques et aux plateformes numériques, un grand magasin doit justifier sa place par la qualité de son regard. Il ne suffit plus d’accumuler des références prestigieuses. Il faut les associer, les hiérarchiser et leur donner un contexte.
Le maximalisme répond particulièrement bien à cet enjeu. Sa puissance réside dans le mélange. Il autorise Neiman Marcus à réunir des maisons très différentes tout en imposant un fil narratif commun.
La campagne transforme ainsi l’assortiment en prise de position éditoriale. Dries Van Noten, Loewe, Valentino ou Armani ne sont pas présentés comme des univers isolés. Ils deviennent les composantes d’une même vision saisonnière.
Pour le client, cette mise en scène facilite la projection. Elle suggère des associations, ouvre des possibilités de style et redonne au distributeur une fonction de conseil que les catalogues algorithmiques peinent parfois à reproduire.
Pourquoi cette campagne intéresse aussi le marché français ?
La France occupe une place centrale dans l’économie mondiale de la mode et du luxe. Selon la Direction générale des Entreprises, la filière française représente 615 600 emplois directs et indirects, 154 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 25 % des ventes mondiales réalisées par des entreprises françaises.
Dans ce contexte, la campagne de Neiman Marcus offre un miroir intéressant aux acteurs français. Elle montre comment un distributeur peut défendre une direction artistique forte sans effacer les identités des maisons qu’il commercialise.
Elle rappelle aussi que la mode appartient autant au champ économique qu’au champ culturel. Du 5 au 7 juin 2026, le Festival de l’histoire de l’art, événement porté par le ministère de la Culture, a d’ailleurs consacré sa quinzième édition à la mode, étudiée au croisement de l’art, des sociétés, des identités et de l’économie.
Enfin, la France renforce progressivement l’exigence de transparence environnementale. Depuis octobre 2025, les entreprises textiles volontaires peuvent afficher le coût environnemental de leurs vêtements. En juin 2026, près de 100 marques et environ 40 000 produits étaient déjà référencés dans le dispositif officiel.
Le défi du luxe contemporain apparaît alors dans toute sa complexité : produire davantage de désir, sans produire davantage d’opacité.
Elegance, Untamed : une campagne de différenciation autant que de mode
Le choix du maximalisme intervient dans un marché où les images de luxe tendent parfois à se ressembler. Palettes neutres, architectures épurées, poses silencieuses et logos discrets ont formé une grammaire particulièrement homogène.
Neiman Marcus prend le contre-pied de cette uniformisation. La couleur, le motif et la théâtralité lui permettent de retrouver une signature immédiatement reconnaissable.
Cette stratégie présente néanmoins une exigence : l’excès doit rester cohérent. Une campagne maximaliste mal maîtrisée risque de brouiller l’offre ou de transformer le produit en simple élément de décor. Elegance, Untamed évite cet écueil en maintenant une grande précision dans les silhouettes, les attitudes et la composition photographique.
La campagne affirme ainsi une conviction : dans le luxe, la singularité ne naît pas toujours de la retenue. Elle peut aussi surgir d’un geste ample, d’une couleur inattendue ou d’une superposition qui raconte quelque chose de la personne qui la porte.
Neiman Marcus redéfinit-il le luxe par l’expression ?
Avec Elegance, Untamed, Neiman Marcus réhabilite une élégance généreuse, tactile et profondément incarnée. Le maximalisme n’y est ni une caricature ni une invitation à la consommation sans discernement. Il devient une méthode de composition et un outil d’affirmation personnelle. La campagne automne 2025 rappelle surtout que le luxe ne se limite pas au prix, à la rareté ou à la discrétion. Il peut être une voix.
Une voix faite de couleurs précieuses, de matières superposées, de coupes affirmées et d’accessoires qui refusent de disparaître. Une manière de s’habiller comme on se raconte : avec précision, intensité et, surtout, sans s’excuser d’être visible.
Questions fréquentes sur la campagne Neiman Marcus
Quand la campagne Elegance, Untamed a-t-elle été lancée ?
Neiman Marcus a dévoilé officiellement Elegance, Untamed le 4 septembre 2025. Les visuels ont commencé à être installés dans les magasins le 5 septembre 2025.
Qui apparaît dans la campagne automne 2025 de Neiman Marcus ?
La campagne met en scène les mannequins Andreea Diaconu et Mathieu Simoneau.
Qui a photographié Elegance, Untamed ?
Les photographies et l’univers cinématographique de la campagne ont été réalisés par Charlotte Wales.
Quelles maisons sont présentées dans la campagne ?
Neiman Marcus met notamment en avant Dries Van Noten, Loewe, Tom Ford, Valentino, Givenchy, Armani, Ganni, LaPointe, Aknvas, Alex Perry et Christian Louboutin.
Comment le maximalisme est-il représenté ?
Le maximalisme s’exprime par des tons bijoux, des imprimés animaliers, des ornements, des plumes, des bijoux imposants, des manteaux spectaculaires et des superpositions de textures.
La campagne Elegance, Untamed est-elle écoresponsable ?
La campagne n’est pas officiellement présentée comme une opération environnementale. Neiman Marcus possède toutefois une sélection distincte, Fashioned for Change, consacrée aux produits répondant à certains critères sociaux ou environnementaux contrôlés par des tiers.
Sources primaires de la campagne
- Neiman Marcus – communiqué officiel « Elegance, Untamed », 4 septembre 2025
- Neiman Marcus – histoire de The Art of Fashion et de l’enseigne
- Neiman Marcus – critères officiels Fashioned for Change
Trois sources officielles françaises
- Direction générale des Entreprises – La filière mode et luxe, publiée le 25 septembre 2024
- Ministère de la Transition écologique – Affichage du coût environnemental des vêtements, 22 juin 2026
- Ministère de la Culture – Festival de l’histoire de l’art 2026 consacré à la mode