Chez Oscar de la Renta, les changements de direction artistique dépassent toujours la simple question du casting créatif. Ils touchent à l’équilibre délicat entre héritage, désirabilité, savoir-faire et renouvellement de l’image. Le départ de Laura Kim et Fernando Garcia en février 2026 est donc beaucoup plus que la fin d’une collaboration : il referme l’un des chapitres les plus longs de l’histoire récente de la maison.
Pendant près de neuf ans, le duo a travaillé à préserver ce qui fait la singularité d’Oscar de la Renta — robes du soir spectaculaires, féminité sophistiquée, broderies, fleurs, couleurs et élégance américaine — tout en assouplissant les codes pour mieux les inscrire dans la mode contemporaine.
L’annonce de leur départ avait été rendue publique le 17 septembre 2025. Leur objectif était clair : retrouver davantage de liberté pour se consacrer à Monse, la marque qu’ils avaient fondée ensemble en 2015. Leur collection Fall 2026, dévoilée en février 2026, constitue ainsi leur véritable épilogue créatif chez Oscar de la Renta.
De l’atelier Oscar de la Renta à la direction créative
L’histoire de Laura Kim et Fernando Garcia avec Oscar de la Renta n’a jamais ressemblé à celle de directeurs artistiques recrutés à l’extérieur pour provoquer une rupture. Tous deux avaient grandi professionnellement dans la maison.
Laura Kim rejoint Oscar de la Renta en 2003, encore étudiante, avant d’y gravir les échelons jusqu’à devenir directrice du design. Fernando Garcia y arrive quelques années plus tard comme stagiaire et évolue lui aussi au cœur du studio. Cette connaissance intime de l’atelier explique en grande partie leur capacité future à transformer la marque sans donner le sentiment d’en effacer l’identité.
Après avoir quitté la maison, ils lancent Monse en 2015, label new-yorkais construit autour d’une esthétique plus déstructurée, nerveuse et expérimentale.
Mais dès septembre 2016, Oscar de la Renta les rappelle. Le duo est nommé à la tête de la création après le départ de Peter Copping. Ils héritent alors du prêt-à-porter, des accessoires, du bridal et des collections enfant. Le défi est considérable : comment faire évoluer une maison fondée en 1965 sans transformer son patrimoine en musée ?
Neuf ans pour moderniser Oscar de la Renta sans effacer son ADN
Laura Kim et Fernando Garcia ont choisi la continuité évolutive plutôt que la révolution. Leur travail conserve les piliers d’Oscar de la Renta : sens du glamour, construction du vêtement, couleurs lumineuses, motifs floraux, robes de cocktail, eveningwear, broderies et sophistication des matières.
Mais la silhouette change. Elle devient souvent plus mobile, plus graphique et moins cérémonielle. Certaines robes gagnent en légèreté. Les jeux de volumes deviennent plus spontanés. Le tailoring prend davantage de place. Des effets de transparence, des découpes inattendues ou des associations de matières permettent de sortir progressivement la maison d’une vision trop exclusivement associée à la robe de gala.
Cette évolution était essentielle pour maintenir Oscar de la Renta dans une industrie où le patrimoine ne suffit plus. Comme l’illustrent les mutations actuelles des grandes maisons et Fashion Weeks, une marque de luxe doit aujourd’hui défendre simultanément une silhouette, une histoire, une image numérique et une capacité à générer de la conversation.
La fleur, véritable langage visuel de l’ère Kim-Garcia
Impossible de comprendre leur héritage sans regarder les fleurs.
Sous Laura Kim et Fernando Garcia, le motif floral n’est pas un simple imprimé romantique. Il devient presque une grammaire de maison, travaillée à travers la broderie, l’appliqué, le cuir, la peinture, le crochet, les sequins ou les constructions tridimensionnelles.
La collection Spring 2025, par exemple, utilisait la rose comme motif principal, avec des tiges peintes à la main par Fernando Garcia. À l’automne 2025, la pivoine arborée structurait à son tour une partie du vocabulaire visuel de la saison. Pour Spring 2026, les fleurs de porcelaine, les lianes, le crochet et les broderies transformaient les surfaces textiles en véritables jardins.
C’est aussi ce travail qui explique la place particulière occupée par Oscar de la Renta dans le vestiaire de cérémonie et de red carpet : la maison sait produire une image immédiatement spectaculaire sans sacrifier la lisibilité du vêtement.
Ce positionnement participe à la visibilité internationale de la marque au même titre que les podiums ou les campagnes.
Pre-Fall 2026 : un retour très personnel aux racines dominicaines
Avant leur ultime Fall 2026, Laura Kim et Fernando Garcia signent une Pre-Fall 2026 particulièrement symbolique. La collection rend hommage aux racines dominicaines d’Oscar de la Renta et à Santo Domingo. La maison met notamment en avant des paysages peints à la main, la Fortaleza Ozama ou encore la résidence du créateur à Punta Cana.
Le palmier devient un motif central. Il apparaît en imprimé, en broderie tridimensionnelle, en intarsia de raphia et en compositions de perles. Des fleurs originaires de République dominicaine investissent également le prêt-à-porter, tandis que les tons tamarin, kaki, paprika, olive ou or donnent à la collection une chaleur particulière. Difficile de ne pas y voir un geste patrimonial.
À quelques semaines de leur départ, les deux créateurs ne cherchent pas seulement à produire une collection séduisante. Ils retournent aux sources géographiques et émotionnelles du fondateur.
C’est une manière élégante de rappeler qu’une maison de luxe n’est pas simplement une succession de tendances : elle repose sur un imaginaire, des lieux, des gestes et une mémoire.
Fall 2026 : la dernière collection de Laura Kim et Fernando Garcia
Puis vient Fall 2026, leur dernier chapitre. La maison la présente autour de trois notions : texture, proportions et fleurs emblématiques. Tulipes, coquelicots, hortensias et pivoines se déploient à différentes échelles, du cardigan brodé aux grandes silhouettes du soir en mikado et satin.
Le tailoring poursuit lui aussi le jeu d’illusion textile : une laine ultralégère est travaillée pour évoquer le denim, tandis que des impressions chinées modifient leur perception lorsque le vêtement est en mouvement.
Pour le soir, une robe dos-nu à motif pivoine en fil coupé, terminée par une volumineuse jupe volantée, résume une partie de l’esthétique développée par le duo : maîtrise technique, théâtralité et légèreté visuelle. Des feuilles d’érable apparaissent ensuite sous forme de broderies, de cristaux et d’effets de paysage.
Cette dernière collection ne fonctionne donc pas comme un manifeste de rupture. Elle ressemble davantage à une synthèse. Fleurs, savoir-faire textile, mouvement, couleurs, broderies, volumes et eveningwear : les codes accumulés pendant neuf années sont réunis une dernière fois.
Le red carpet, autre terrain stratégique d’Oscar de la Renta
Moderniser Oscar de la Renta impliquait également de maintenir la marque dans la culture visuelle contemporaine. Les robes de cérémonie constituent depuis longtemps l’un des territoires naturels de la maison. Sous Kim et Garcia, cette expertise a continué de trouver un relais puissant auprès des actrices, chanteuses et personnalités publiques.
En 2023, Naomi Watts choisissait par exemple une robe Oscar de la Renta issue de la collection Pre-Fall pour son mariage new-yorkais. Madame Figaro soulignait alors précisément la manière dont Laura Kim et Fernando Garcia avaient rafraîchi le chic historique de la maison en transposant des techniques proches de l’esprit couture dans un prêt-à-porter de luxe plus contemporain. L’enjeu dépasse évidemment la célébrité elle-même.
Dans le luxe, une apparition sur un tapis rouge transforme une robe en média. Le vêtement circule instantanément entre presse, réseaux sociaux, recherches Google, comptes de stylistes et plateformes d’inspiration. La direction artistique devient ainsi indissociable de la stratégie d’image.
Monse : pourquoi Laura Kim et Fernando Garcia ont choisi de partir
Leur départ ne correspond pas à une disparition de la scène mode. Au contraire.
Laura Kim et Fernando Garcia ont annoncé vouloir concentrer leurs efforts sur Monse, leur maison indépendante créée en 2015. Le label repose sur une identité beaucoup plus libre : tailoring déconstruit, asymétries, chemises réinterprétées, jeux de proportions et tension permanente entre vêtement classique et geste inattendu.
Pendant plusieurs années, les deux designers ont donc évolué entre deux univers : l’héritage sophistiqué d’Oscar de la Renta d’un côté et l’énergie expérimentale de Monse de l’autre.
En 2025, Monse célébrait ses dix ans. Le choix de rediriger leur énergie vers leur propre marque apparaît ainsi comme une décision entrepreneuriale autant que créative. Vogue France et FashionNetwork ont tous deux confirmé que cette volonté de se consacrer entièrement à Monse se trouvait au cœur de leur nouvelle étape professionnelle.
Oscar de la Renta après Kim et Garcia : une succession sous surveillance
La question est désormais stratégique : qui dessinera le prochain cycle d’Oscar de la Renta ? Lors de l’annonce du départ en septembre 2025, aucun successeur n’avait été nommé. En février 2026, au moment de la dernière collection du duo, le sujet restait encore ouvert dans la presse spécialisée.
Un élément est particulièrement intéressant en août 2026 : sur sa page officielle Pre-Spring 2027, Oscar de la Renta présente désormais la collection sans citer Laura Kim et Fernando Garcia contrairement aux saisons précédentes mais sans y créditer non plus un nouveau directeur artistique. Il serait donc prématuré d’attribuer publiquement la maison à un successeur sans annonce explicite.
Cette transition rappelle d’autres changements récents analysés sur Luxe Daily, qu’il s’agisse du départ de Guillaume Henry chez Patou ou de la nouvelle direction artistique de Courrèges. Dans le luxe contemporain, le choix d’un directeur artistique engage désormais autant la création que le positionnement de marque, la désirabilité, le merchandising et la communication.
Quel cap pour Oscar de la Renta ?
Trois enjeux paraissent désormais essentiels. D’abord, préserver les codes immédiatement identifiables : le soir, les fleurs, la couleur, la féminité et une certaine idée de l’élégance américaine.
Ensuite, continuer à moderniser la silhouette. Une maison patrimoniale ne peut se contenter de reproduire ses archives. Comme on le voit également chez Dior, chaque nouveau cycle créatif doit résoudre la même équation : respecter un vocabulaire historique tout en donnant au public une raison de regarder la saison suivante.
Enfin, Oscar de la Renta doit conserver son autorité sur des territoires extrêmement concurrentiels : robes de soirée, bridal, prêt-à-porter féminin premium, accessoires et celebrity dressing. La période post-Kim-Garcia sera donc moins une question de rupture esthétique qu’une question de dosage.
Laura Kim et Fernando Garcia : quel héritage chez Oscar de la Renta ?
Le bilan de leurs neuf années ne se limite pas à quelques collections fortes. Laura Kim et Fernando Garcia auront surtout démontré qu’il est possible de faire évoluer une maison patrimoniale sans effacer son fondateur.
Ils ont conservé la puissance décorative d’Oscar de la Renta, mais lui ont apporté davantage de mouvement. Ils ont protégé la robe du soir tout en renforçant le daywear et le tailoring. Ils ont travaillé les fleurs jusqu’à les transformer en langage textile. Ils ont utilisé la broderie, les applications, le cuir, le crochet, le cristal et l’imprimé comme autant d’outils permettant de renouveler une esthétique sans la dénaturer. Les collections officielles de la maison documentent particulièrement cette continuité entre savoir-faire et modernisation.
Leur réussite réside peut-être précisément là : lorsqu’on regarde leur dernière collection, Oscar de la Renta reste immédiatement reconnaissable. Mais la maison n’est plus exactement celle dont ils avaient hérité en 2016.
Une page se ferme, deux histoires continuent
Le départ de Laura Kim et Fernando Garcia d’Oscar de la Renta constitue moins une fin qu’un passage de relais. Pour le duo, l’avenir s’écrit désormais chez Monse, avec la possibilité de concentrer temps, énergie et stratégie sur une marque dont ils contrôlent directement l’identité.
Pour Oscar de la Renta, le défi est différent : transformer neuf années de continuité réussie en point de départ d’une nouvelle vision. La maison possède pour cela un patrimoine particulièrement solide : une conception généreuse de la féminité, une culture de la couleur, une expertise du vêtement de cérémonie et un rapport au savoir-faire qui dépassent largement les changements de direction artistique.
Laura Kim et Fernando Garcia quittent donc la création, mais pas l’histoire d’Oscar de la Renta. Leurs collections resteront comme une démonstration de ce que le luxe réussit de mieux lorsqu’il trouve le bon équilibre : faire évoluer l’héritage sans le déguiser en nostalgie.
Pour suivre plus largement les transformations du secteur, les nouvelles directions artistiques et les maisons qui redéfinissent leurs codes, retrouvez la rubrique Mode de Luxe de Luxe Daily.
Questions fréquentes sur Laura Kim, Fernando Garcia et Oscar de la Renta
Quand Laura Kim et Fernando Garcia ont-ils quitté Oscar de la Renta ?
Leur départ a été annoncé le 17 septembre 2025. Ils ont ensuite terminé leur travail pour la maison avec la collection Fall 2026, présentée en février 2026.
Depuis quand dirigeaient-ils la création d’Oscar de la Renta ?
Laura Kim et Fernando Garcia ont été nommés codirecteurs créatifs en septembre 2016, après le départ de Peter Copping. Leur première collection sous cette nouvelle responsabilité a été préparée pour la saison automne-hiver 2017-2018.
Pourquoi Laura Kim et Fernando Garcia ont-ils quitté Oscar de la Renta ?
Le duo souhaite désormais consacrer pleinement son travail à Monse, la marque qu’il a fondée en 2015 et développée parallèlement à ses responsabilités chez Oscar de la Renta.
Qui remplace Laura Kim et Fernando Garcia chez Oscar de la Renta ?
À la date de cette mise à jour, les pages publiques récentes d’Oscar de la Renta, notamment celle consacrée à Pre-Spring 2027, ne créditent plus le duo mais ne nomment pas non plus de nouveau directeur artistique. Il convient donc d’attendre une annonce formelle de la maison avant d’attribuer la succession à un créateur précis.
Sources vérifiées
Source primaire officielle
- Oscar de la Renta – Fall 2026 : présentation officielle de la dernière collection de l’ère Laura Kim et Fernando Garcia, avec le détail des matières, motifs floraux, silhouettes et techniques employées.
- Oscar de la Renta – Pre-Fall 2026 : collection consacrée aux racines dominicaines de la maison et au patrimoine de Santo Domingo.
- MONSE – Our Story : présentation officielle de la maison fondée par Laura Kim et Fernando Garcia.
3 sources françaises de référence
- Vogue France – « Laura Kim et Fernando Garcia quittent Oscar de la Renta »
- FashionNetwork France – « Laura Kim et Fernando Garcia vont quitter la direction artistique d’Oscar de la Renta »
- Madame Figaro – « Oscar de la Renta confirme l’arrivée du duo Laura Kim et Fernando Garcia »