Ce contenu est réservé aux abonnés
Il y a des collaborations comme l’alliance Chanel et Junk Kook, pour captiver la génération Z, qui ressemblent à des coups de pub, et d’autres qui donnent l’impression qu’un virage est vraiment en train de se prendre.
Sur le papier, le casting est presque trop évident : une maison mythique du luxe français, et l’une des plus grandes stars de la planète, membre de BTS, adoré par des millions de fans à travers le monde. Mais derrière l’image, il se passe autre chose : une manière très claire pour Chanel de dire à la Génération Z : « On vous voit, on vous écoute, et on a envie de parler avec vous, pas seulement de vous vendre quelque chose. »
Chanel et Jung Kook – plus qu’une star de K-pop : une alliance pour captiver la Génération Z

Pour comprendre ce que Chanel vient chercher avec Jung Kook, il faut accepter de le regarder autrement que comme « le maknae de BTS » ou « une idole de plus dans un costume parfait« . À 26 ans, il porte déjà sur ses épaules un statut que très peu d’artistes atteignent dans une vie entière : celui de figure mondiale.
Ce qui frappe, c’est sa capacité à passer d’un registre à l’autre sans perdre son public. Sur scène, il est une bête de performance, millimétré, puissant, hyper pro. En dehors, il apparaît souvent plus simple, presque timide, un peu maladroit parfois, mais toujours sincère. C’est exactement cette dualité qui plaît tant à la Génération Z : ils ont grandi avec des célébrités hyper médiatisées, mais ce qu’ils recherchent, au fond, ce sont des gens qui semblent encore un peu humains derrière l’image.
Sur les réseaux, Jung Kook ne se contente pas de publier des contenus parfaitement calibrés. Il chante en live, cuisine, joue, partage des moments de son quotidien, s’adresse aux fans comme à des gens dont l’avis compte vraiment. Il y a chez lui quelque chose de fluide, de spontané, qui contraste avec les communications verrouillées auxquelles les jeunes sont habitués.
C’est cette crédibilité émotionnelle que Chanel vient chercher. Pas seulement sa notoriété, mais ce lien particulier qu’il a tissé avec une génération qui a grandi en regardant des live sur téléphone, en s’endormant avec des playlists K-pop et en commentant tout en temps réel.
Chanel et Jung Kook – alliance pour captiver la Génération Z
De l’autre côté de ce duo improbable, il y a Chanel. Une maison dont le simple nom évoque le tweed, le parfum N°5, les défilés au Grand Palais, le noir, le blanc, les perles, la petite robe. Un marqueur de style si installé qu’il pourrait presque se suffire à lui-même.
Sauf que le monde a changé.
Les jeunes qui consomment aujourd’hui des produits de beauté, des parfums, des accessoires ou rêvent, peut-être, un jour de s’offrir un sac Chanel, n’ont pas grandi avec les mêmes images que leurs parents. Ils ont connu l’ère des influenceurs, des drops, du streetwear, des collabs improbables, des campagnes participatives. Ils veulent des marques qui se mouillent, qui prennent des risques, qui ne s’adressent pas à eux comme à un « segment marketing 18–25 ans ».
Chanel en est parfaitement consciente. Depuis des années, la maison joue sur un équilibre délicat : préserver son aura intemporelle tout en injectant suffisamment de modernité pour ne pas devenir un monument figé. Collaborer avec Jung Kook, ce n’est donc pas un « coup de jeune » superficiel, c’est une manière de s’inscrire dans le paysage culturel réel de la Génération Z, celui qui vit sur TikTok, dans les fandoms, dans les commentaires et les DM.
Une collaboration entre Chanel et Jung Kook qui dépasse largement la simple affiche
Officiellement, Jung Kook devient le visage d’une nouvelle ligne de produits de beauté Chanel. Sur le papier, cela ressemble à ce qu’on connaît déjà : une égérie, une campagne, quelques visuels, des vidéos, des teasers. En réalité, la stratégie est plus subtile.
On est loin du modèle où la star apparaît sur trois panneaux d’affichage avec un flacon dans la main et une phrase sibylline. Ici, l’idée est plutôt de laisser Jung Kook s’approprier l’univers de la marque et de voir comment le public réagit, interagit, commente, détourne, partage.
Chanel ne cherche pas seulement à « utiliser » son image ; la maison tente de poser un pont entre son propre vocabulaire et celui de la Génération Z. Un pont qui passe autant par l’esthétique des contenus que par leur rythme, leur ton, leur façon d’apparaître dans le flux permanent des réseaux.
La collaboration se construit donc sur plusieurs niveaux :
- l’image classique, travaillée, cinématographique, qu’on attend de Chanel ;
- mais aussi des formats plus spontanés, plus “live”, où l’on voit Jung Kook dans un cadre moins figé, parler du produit, de sa routine, de la façon dont il perçoit la beauté, le soin, l’expression de soi.
C’est cette combinaison qui donne à l’initiative une allure moins publicitaire et plus conversationnelle.
Parler aux jeunes là où ils sont vraiment
La force de cette alliance tient aussi au choix des terrains de jeu. Au lieu de se cantonner aux canaux traditionnels, Chanel décide de suivre Jung Kook sur les plateformes où il est déjà chez lui.
Sur Instagram, évidemment, mais surtout sur TikTok, où le langage est celui de la vidéo courte, du montage rapide, du son qui tourne en boucle, des trends qui naissent et disparaissent en quelques jours. On imagine très bien la marque s’appuyer sur cette grammaire : un challenge autour d’un geste beauté, un hashtag dédié, des filtres, des duos, des reprises.
YouTube reste aussi un espace clé, notamment pour des contenus plus longs : une interview filmée, un mini-documentaire sur les coulisses de la collaboration, des moments où l’on voit Chanel de l’intérieur, à travers le regard de Jung Kook.
À cela s’ajoutent les événements physiques : des lancements en petit comité, des masterclass beauté, des apparitions surprises, peut-être même des performances où l’artiste mêle musique et univers Chanel. Là encore, l’objectif n’est pas seulement de faire briller la marque, mais de créer des moments que les fans auront envie de raconter, de filmer, de partager.
Ce que la Génération Z attend vraiment des marques
Si cette collaboration a du sens, ce n’est pas seulement parce qu’elle est « tendance ». C’est aussi parce qu’elle vient répondre à des attentes très spécifiques de la Génération Z.
Ce public-là n’est pas naïf. Il voit bien les stratégies marketing, les discours bien calibrés, les opérations un peu trop parfaites. Ce qu’il réclame, c’est une forme d’alignement :
- entre ce que la marque dit,
- ce qu’elle montre,
- et ce qu’elle fait réellement, en coulisses.
Jung Kook, de son côté, est perçu comme quelqu’un d’accessible, plutôt discret dans sa vie privée, mais très présent pour ses fans. Il représente un mélange d’ambition (le succès, le travail, la carrière) et d’authenticité (les imperfections assumées, la vulnérabilité parfois).
En s’associant à lui, Chanel ne vient pas seulement chercher un joli visage : la maison se connecte à un système de valeurs. Cela sous-entend aussi une responsabilité : celle de ne pas se contenter de beaux discours, mais de montrer des engagements concrets, notamment sur les sujets qui comptent vraiment pour cette génération.
Quand luxe et responsabilité ne peuvent plus être séparés
Les jeunes consommateurs d’aujourd’hui ne regardent plus une marque uniquement à travers ses produits. Ils examinent sa position sur l’écologie, sur le bien-être animal, sur les conditions de travail dans les usines, sur la diversité de ses égéries, sur sa manière de réagir aux crises sociales.
Pour Chanel, la collaboration avec Jung Kook est aussi un test : celui de sa capacité à parler de responsabilité sans paraître opportuniste. Derrière la ligne de produits de beauté, on attend des gestes concrets :
formules plus transparentes, emballages repensés, efforts sur l’empreinte carbone, communication claire sur la provenance des ingrédients.
La Génération Z ne demande pas la perfection, elle sait bien qu’aucune grande maison ne peut tout transformer du jour au lendemain mais elle attend une direction, une trajectoire lisible. Jung Kook, par son image très surveillée, devient en quelque sorte un garant symbolique : si Chanel s’associe à lui, la maison sait qu’elle sera scrutée de près.
Un mouvement qui dépasse Chanel et Jung Kook

Cette collaboration n’existe pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large : celui des maisons de luxe qui comprennent que la beauté n’est plus un territoire purement féminin, qu’un idole masculin peut parfaitement être le visage d’une ligne de maquillage ou de soin, et que les frontières entre genres s’estompent, en particulier pour la Génération Z.
En choisissant Jung Kook pour incarner une ligne de beauté, Chanel envoie aussi un message : la beauté comme terrain d’expression, et non comme cadre rigide. Un homme peut porter du gloss, un fard, un soin lumineux, sans que cela remette en cause quoi que ce soit. Ce n’est plus une provocation, c’est un reflet du présent.
Les concurrents observent évidemment ce mouvement avec attention. On peut facilement imaginer que d’autres maisons suivront, chacune à leur manière, en cherchant des collaborations tout aussi fortes symboliquement : artistes, créateurs de contenu, acteurs ou sportifs capables de parler à la Génération Z sans passer par dix filtres.
Ce que cela change dans le paysage de la beauté
L’impact de ce partenariat ne se mesure pas uniquement en termes de ventes, même si celles-ci risquent d’être au rendez-vous. Il se mesure aussi à la manière dont il redéfinit certains codes du marché de la beauté.
Les fans de Jung Kook, pour beaucoup, n’avaient peut-être jamais vraiment regardé de près ce que faisait Chanel dans ce domaine. La collaboration devient alors une porte d’entrée dans l’univers de la maison. Et si l’expérience est positive – produits cohérents, discours honnête, contenus travaillés – la relation peut s’inscrire dans la durée.
Pour Chanel, c’est une opportunité de déjouer l’image d’une marque réservée à une élite inaccessible. La force d’un artiste comme Jung Kook, c’est justement de rendre une maison de luxe un peu plus proche, un peu plus humaine, sans pour autant lui faire perdre sa part de rêve.
Une radiographie des nouvelles habitudes de consommation
Quand on regarde de près ce qui se joue autour de cette collaboration, on voit apparaître plusieurs traits forts de la consommation Gen Z.
D’abord, cette obsession pour l’authenticité. Les jeunes ne veulent plus être simplement exposés à une campagne : ils veulent savoir qui la porte, pourquoi, comment elle a été pensée. Ils zooment, ils comparent, ils cherchent les incohérences.
Ensuite, le besoin d’interactivité. Ils ne sont pas de simples spectateurs. Ils commentent, créent des fanarts, reprennent des looks, lancent des trends, remixent ce que les marques publient. Une campagne qui ne laisse pas de place à cette appropriation a peu de chances de les marquer.
Enfin, la dimension éthique. Ce mot est galvaudé, mais la question reste là : »Est-ce que je peux aimer cette marque sans me sentir en contradiction avec ce que je défends ? » Ce n’est pas un critère secondaire, c’est un filtre permanent. Et Chanel le sait.
Vers quel futur cette alliance peut-elle conduire ?

Ce qui est intéressant, c’est que cette collaboration n’est pas présentée comme un one shot. Elle ressemble davantage au premier chapitre d’une histoire plus longue entre Chanel et la Génération Z.
Si la maison tient la promesse implicite qui se cache derrière le choix de Jung Kook – celle d’un dialogue sincère, d’une ouverture, d’une envie réelle d’évoluer – elle peut en ressortir renforcée, plus ancrée dans le présent, sans renier ce qui fait sa force : son histoire, ses codes, son savoir-faire.
Les marques qui observent cette initiative ont deux options : la considérer comme un coup de com’ de plus, ou y voir une sorte de modèle. Un modèle où le luxe ne parle plus seulement vers une audience, mais avec elle ; où la beauté devient un terrain d’expression partagé entre une maison, une égérie, et une communauté qui n’a pas l’intention de rester silencieuse.
Une chose est sûre : la collaboration entre Chanel et Jung Kook sera scrutée, commentée, disséquée. Mais si elle tient ses promesses, elle pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont le luxe aborde enfin, sans condescendance, la génération qui est déjà en train d’écrire l’avenir.
Source : Lire l’article original


