À l’occasion de son 160e anniversaire, Le Bon Marché Rive Gauche a choisi de célébrer bien davantage que son histoire commerciale. Le célèbre grand magasin parisien a rendu hommage à l’imaginaire de la rive gauche en invitant l’une des figures les plus emblématiques du cinéma français, Catherine Deneuve.
Pour donner une identité visuelle singulière à cet anniversaire, Le Bon Marché a fait appel à Marjane Satrapi, autrice de bande dessinée, illustratrice et réalisatrice connue notamment pour Persepolis. L’artiste a imaginé une série de dix scènes poétiques et fantaisistes dans lesquelles Catherine Deneuve traverse Paris, ses monuments et ses propres références cinématographiques.
Présentée dans les vitrines du magasin en 2012, l’exposition Catherine Deneuve Rive Gauche réunissait ainsi trois symboles de l’élégance française : une actrice devenue icône, une artiste au style immédiatement reconnaissable et un grand magasin historique situé au cœur du 7e arrondissement de Paris.
Catherine Deneuve, invitée d’honneur des 160 ans du Bon Marché
Pour célébrer cet anniversaire exceptionnel, Le Bon Marché ne pouvait se contenter d’une campagne publicitaire conventionnelle. L’établissement a choisi une personnalité capable d’incarner à la fois l’élégance parisienne, le cinéma français, la liberté de ton et une certaine idée du mystère.
Catherine Deneuve s’est naturellement imposée. Depuis les années 1960, l’actrice occupe une place unique dans la culture française. Son allure, son jeu, ses collaborations avec de grands cinéastes et son rapport à la mode ont contribué à construire une image dépassant largement le cadre du cinéma.
Associée à des films devenus cultes, à la haute couture et à l’élégance française, Catherine Deneuve représente un luxe qui ne cherche pas à trop en dire. Son style repose sur la retenue, la présence et une sophistication apparemment naturelle.
En la choisissant comme invitée d’honneur, Le Bon Marché reliait son propre héritage à celui d’une actrice indissociable de Paris. Cette collaboration permettait également au grand magasin d’exprimer son identité de manière culturelle, sans réduire l’événement à une opération commerciale.
Marjane Satrapi imagine une Catherine Deneuve drôle et pétillante
La réalisation des illustrations a été confiée à Marjane Satrapi, dont le travail associe depuis longtemps narration, humour, culture populaire et sensibilité graphique.
Pour cette série, l’artiste ne cherche pas à reproduire Catherine Deneuve de manière réaliste. Elle transforme l’actrice en personnage illustré, immédiatement identifiable grâce à sa chevelure blonde, ses lunettes noires, ses tenues élégantes et son attitude imperturbable.
Marjane Satrapi résume alors son inspiration par une formule devenue emblématique : « Le monde, c’est Paris et Paris, c’est Catherine Deneuve. »
Cette vision permet à l’illustratrice de construire un Paris imaginaire autour de l’actrice. Catherine Deneuve ne se contente pas d’y apparaître comme une célébrité. Elle devient une héroïne de conte, une figure de bande dessinée et presque un monument parisien à part entière.
Les compositions mettent en avant un humour élégant, jamais caricatural. L’actrice traverse les situations les plus improbables avec le même calme et la même distinction. Ce contraste entre le caractère fantaisiste des scènes et l’impassibilité du personnage donne aux œuvres leur force comique.
Dix illustrations inspirées de Paris et du cinéma
Les dix illustrations conçues pour l’exposition racontent les aventures imaginaires de Catherine Deneuve sur la rive gauche.
Dans l’une des œuvres, elle apparaît en sirène, installée sur le rebord de la fontaine Saint-Sulpice. Dans une autre, elle devient une Jane parisienne, suspendue à une liane dans une robe léopard au cœur du Jardin des Plantes.
Le site officiel du Bon Marché conserve aujourd’hui plusieurs œuvres de cette série dans sa collection patrimoniale. Il précise que Marjane Satrapi a imaginé les aventures reliant Catherine Deneuve à la rive gauche, en la représentant notamment à Saint-Sulpice et dans la serre du Jardin des Plantes. Les lithographies mesurent 42 sur 30 centimètres.
Ces illustrations font également référence à la carrière de l’actrice, mais sans prendre la forme d’une rétrospective classique. Marjane Satrapi préfère les clins d’œil, les décalages visuels et les situations absurdes.
Le résultat crée un dialogue entre cinéma, illustration, mode et patrimoine parisien. Chaque scène peut être regardée comme une petite histoire autonome, mais l’ensemble compose aussi un portrait affectueux de Catherine Deneuve.
Une exposition inspirée des livres pop-up
Pour présenter cette série au public, Le Bon Marché a repris le principe des livres pop-up pour enfants. Les illustrations ont été transformées en scènes en volume et installées dans les vitrines du magasin, au 24 rue de Sèvres.
Ce choix de mise en scène permettait de donner du relief aux dessins et de renforcer leur caractère narratif. Les vitrines n’étaient plus seulement des espaces consacrés à la présentation de produits. Elles devenaient de petits théâtres parisiens.
Chaque décor invitait le passant à s’arrêter, observer les détails et retrouver les références dissimulées par Marjane Satrapi. Les personnages, les bâtiments, les accessoires et les éléments de paysage étaient organisés comme les plans successifs d’un livre animé.
La scénographie créait ainsi une expérience à la fois accessible et sophistiquée. Les enfants pouvaient apprécier les couleurs et la fantaisie, tandis que les adultes reconnaissaient les références à Paris, au cinéma français et à la carrière de Catherine Deneuve.
Cette capacité à parler à plusieurs générations correspond parfaitement à l’identité du Bon Marché. Depuis sa création, le grand magasin cherche à associer commerce, architecture, culture et expérience.
Le Bon Marché, pionnier du grand magasin moderne
Fondé en 1852 par Aristide et Marguerite Boucicaut, Le Bon Marché est présenté par l’établissement comme le premier grand magasin du monde toujours en activité.
Son histoire est marquée par de nombreuses innovations. Les fondateurs ont développé de nouvelles méthodes commerciales, transformé la relation avec les clients et accordé une attention particulière à l’architecture, à la présentation des produits et aux conditions de travail des employés.
Le Bon Marché ne se définit donc pas uniquement comme un lieu de vente. Dès le XIXe siècle, il participe à la création d’une nouvelle forme de spectacle urbain. Les produits sont organisés par univers, les vitrines attirent le regard et l’architecture devient une composante essentielle de l’expérience.
Le grand magasin est également étroitement associé à la rive gauche. Contrairement aux autres enseignes historiques implantées autour des grands boulevards ou de l’Opéra, Le Bon Marché se développe rue de Sèvres.
Cette implantation lui confère une identité particulière, plus littéraire, artistique et intellectuelle. Le quartier est lié aux maisons d’édition, aux galeries, aux cafés, aux artistes et aux institutions culturelles.
L’exposition consacrée à Catherine Deneuve prolonge cette histoire en transformant le magasin en un espace de narration et d’imaginaire.
Pourquoi Catherine Deneuve incarne-t-elle si bien la rive gauche ?
Catherine Deneuve est souvent associée à une image très parisienne, même si sa carrière s’est construite auprès de cinéastes français et internationaux.
Son élégance repose sur un équilibre entre classicisme et indépendance. Elle peut incarner une grande bourgeoise, une héroïne romanesque, une femme distante ou un personnage plus fantasque sans perdre sa présence singulière.
Cette polyvalence explique pourquoi Marjane Satrapi peut la transformer en sirène ou en aventurière sans rendre le personnage méconnaissable. Catherine Deneuve possède une silhouette culturelle suffisamment forte pour traverser les styles et les époques.
La rive gauche constitue également un territoire idéal pour cette mise en scène. Saint-Germain-des-Prés, Saint-Sulpice, le Jardin des Plantes ou la rue de Sèvres évoquent un Paris cultivé, élégant et légèrement décalé.
Dans les illustrations, la ville ne sert pas de simple décor. Elle devient un partenaire de jeu. Les fontaines, les jardins, les cinémas et les façades participent aux aventures de l’actrice.
Le documentaire de Loïc Prigent consacré à Catherine Deneuve
L’hommage imaginé pour les 160 ans du Bon Marché ne se limitait pas aux illustrations de Marjane Satrapi.
Le journaliste et réalisateur Loïc Prigent, spécialiste reconnu de la mode et de ses coulisses, a également réalisé un documentaire consacré à Catherine Deneuve. Le film accompagne l’actrice dans plusieurs lieux parisiens qui lui sont chers.
Cette approche permet de dévoiler une Catherine Deneuve plus personnelle, observée à travers ses habitudes, ses souvenirs et son lien avec la capitale.
Le choix de Loïc Prigent était particulièrement cohérent avec l’univers du Bon Marché. Son travail se situe au croisement de la mode, de la culture et du documentaire. Il sait montrer les mécanismes du luxe tout en conservant un ton vivant et accessible.
Le documentaire complétait donc les illustrations. Marjane Satrapi proposait une version imaginaire et graphique de Catherine Deneuve, tandis que Loïc Prigent explorait son rapport réel à Paris.
Une édition limitée de 160 coffrets
Les admirateurs de Catherine Deneuve et de Marjane Satrapi pouvaient également acquérir un coffret réunissant les dix illustrations.
En référence aux 160 ans du Bon Marché, cette édition a été limitée à 160 exemplaires. Le nombre choisi transformait le coffret en véritable objet de collection.
Cette rareté correspond aux codes du luxe, mais aussi à ceux de l’édition d’art. Une série limitée possède une valeur particulière, car elle conserve la mémoire d’un événement qui ne peut pas être reproduit à l’identique.
Le prix annoncé pour le coffret était de 900 euros. Une partie des sommes collectées devait être reversée au mécénat de l’Hôpital Necker-Enfants malades.
Cette dimension caritative donnait une portée supplémentaire au projet. Elle rappelait également que l’histoire du Bon Marché est liée à celle de Marguerite Boucicaut, connue pour ses engagements philanthropiques.
Quand les grands magasins deviennent des lieux culturels
L’exposition Catherine Deneuve Rive Gauche illustre une évolution profonde du commerce de luxe.
Les grands magasins ne cherchent plus seulement à réunir des marques et des produits. Ils développent des installations artistiques, des expositions, des collaborations et des expériences capables d’attirer un public plus large.
Cette stratégie répond à une nouvelle attente. Les visiteurs souhaitent découvrir un univers, ressentir une émotion et accéder à un contenu culturel. L’achat devient une possibilité, mais il n’est plus nécessairement le seul objectif de la visite.
Le Bon Marché conserve aujourd’hui une importante collection d’art et de design. Certaines créations sont exposées dans les espaces du magasin, notamment au sein des Salons Particuliers. Les lithographies de Marjane Satrapi consacrées à Catherine Deneuve font partie de ce patrimoine artistique.
Cette présence permanente de l’art distingue le grand magasin d’un centre commercial traditionnel. Elle renforce son positionnement comme institution parisienne et lieu de découverte.
Une collaboration emblématique du luxe culturel
La rencontre entre Catherine Deneuve, Marjane Satrapi et Le Bon Marché fonctionne parce que chaque participante apporte un univers immédiatement reconnaissable.
Catherine Deneuve représente le cinéma, la mode et l’élégance française. Marjane Satrapi apporte son humour, son regard graphique et sa capacité à transformer une personnalité réelle en héroïne de fiction. Le Bon Marché fournit le décor, l’histoire et l’ancrage parisien.
L’opération ne repose donc pas sur un simple transfert de notoriété. Elle crée un récit cohérent dans lequel chaque figure enrichit les autres.
Cette logique est essentielle dans les collaborations de luxe. Une association réussie ne doit pas sembler artificielle. Elle doit révéler un point de rencontre culturel, esthétique ou historique.
Dans le cas de Catherine Deneuve Rive Gauche, ce point de rencontre est Paris. Un Paris élégant, drôle, cultivé et légèrement irréel.
Le rôle des vitrines dans l’identité du luxe
Les vitrines occupent une place stratégique dans l’histoire des grands magasins.
Avant l’essor du commerce en ligne et des réseaux sociaux, elles constituaient déjà un média à part entière. Elles permettaient de présenter les nouvelles collections, mais aussi de raconter des histoires et de construire l’image d’une enseigne.
Avec les œuvres de Marjane Satrapi, les vitrines du Bon Marché ont retrouvé cette fonction narrative. Elles invitaient les passants à découvrir une succession de scènes sans nécessairement entrer dans le magasin.
Cette forme d’exposition gratuite et visible depuis la rue rend l’art accessible à tous. Elle transforme l’espace commercial en élément du paysage urbain.
Les vitrines deviennent également très partageables. Même en 2012, avant la domination actuelle des contenus courts, elles encourageaient les visiteurs à photographier les installations et à prolonger l’exposition en ligne.
Un événement qui conserve sa valeur patrimoniale
Plus de dix ans après l’exposition, la collaboration continue d’exister grâce aux œuvres conservées dans la collection du Bon Marché.
Le site officiel de l’établissement présente notamment des lithographies intitulées Le Bon Marché Rive Gauche et Le Cinéma Saint-Germain. Elles sont toujours associées à l’exposition organisée dans les vitrines de la rue de Sèvres en 2012.
Cette conservation transforme une campagne anniversaire temporaire en patrimoine durable.
Le projet témoigne aussi d’une période où les grandes maisons et les grands magasins ont renforcé leurs liens avec l’art contemporain. Plutôt que d’utiliser uniquement des égéries photographiées, les marques ont commencé à inviter des artistes à interpréter librement leur histoire.
Marjane Satrapi ne cherche pas à produire une image publicitaire lisse. Elle propose un véritable regard d’autrice. C’est précisément cette liberté qui donne aux illustrations leur longévité.
Catherine Deneuve, Marjane Satrapi et Paris : une alchimie toujours moderne
La série imaginée pour les 160 ans du Bon Marché reste actuelle, car elle réunit des éléments qui continuent de structurer la communication du luxe : le patrimoine, la création artistique, la personnalité d’une icône et l’expérience immersive.
Elle démontre aussi que l’élégance n’exclut pas l’humour. Catherine Deneuve y apparaît prestigieuse sans être figée, tandis que Marjane Satrapi détourne les codes parisiens avec tendresse.
Cette approche permet au Bon Marché de célébrer son histoire sans tomber dans une communication trop institutionnelle. Le magasin regarde son passé, mais le raconte à travers une esthétique vivante, colorée et accessible.
La collaboration constitue ainsi un exemple particulièrement réussi de storytelling dans le luxe. Elle crée un univers cohérent, identifiable et émotionnel, tout en renforçant la dimension culturelle du grand magasin.
Comment le bon marché a transformé Catherine Deneuve ?
Pour célébrer ses 160 ans, Le Bon Marché Rive Gauche a transformé Catherine Deneuve en héroïne illustrée de la rive gauche.
Sous le trait de Marjane Satrapi, l’actrice devient tour à tour sirène, aventurière, icône de cinéma et figure parisienne. Les dix illustrations mêlent humour, poésie, mode et références culturelles dans un univers inspiré des livres pop-up.
L’exposition présentée en 2012 dans les vitrines de la rue de Sèvres dépasse ainsi le cadre d’un simple anniversaire commercial. Elle raconte l’histoire d’un grand magasin pionnier, célèbre une actrice majeure du cinéma français et affirme la place de l’art dans l’expérience du luxe.
Aujourd’hui encore, les œuvres conservées par Le Bon Marché témoignent de la réussite de cette rencontre. Elles rappellent que les collaborations les plus mémorables sont celles qui savent unir patrimoine, création, élégance et liberté.
Sources officielles françaises
Le Bon Marché Rive Gauche, œuvre « Catherine Deneuve Rive Gauche », Marjane Satrapi, 2012
Le Bon Marché Rive Gauche, œuvre « Le Cinéma Saint-Germain », Marjane Satrapi, 2012
Le Bon Marché Rive Gauche, L’Histoire du Bon Marché par Stéphane Bern